En Côte d’Ivoire, faute d’avoir des financements à travers les banques et autres microcrédits, certaines femmes et hommes à faibles revenus ont mis en place des astuces ingénieuses pour sortir de la pauvreté: la tontine
Elle marche sur le principe suivant: les participants regroupés en association versent régulièrement un montant fixe. Ce fonds commun est distribué à tour de rôle à chacun des membres, après un tirage au sort.
Quand un membre a reçu le fonds une fois, le cycle recommence. On verra par exemple les dix ou quinze adhérents regroupées, cotiser pour 200, 500 ou 1000 francs Cfa, auprès de l’organisatrice. A la fin de la semaine ou du mois, l’heureuse récipiendaire se verra en possession d’un pécule qui lui permettra, soit d’agrandir son fonds de commerce soit d’acquérir des biens de consommation. La Tontine est aussi basée sur les biens de consommation.
Dans toutes les villes du pays et même dans certains villages reculés, le phénomène est en pleine expansion.
Amy Sylla, la quarantaine révolue, a eu l’idée de monter la sienne avec des femmes de son quartier à Marcory-Aliodan. C’est chaque samedi que celles-ci se regroupent. Assises autour d’une table, elles discutent avec passion et acharnement quand l’heure vient de remettre le pecule. Deux clans se forment. D’un coté les anciennes et de l’autre les nouvelles adhérentes.
Celle qui mène les discussions c’est Amy Sylla. Une mère de trois enfants, aux allures modernes, vêtue d’un boubou bazin. Un peu taquine, elle n’hésite pas à se montrer ferme quand il le faut.
Elle explique que grâce à la tontine, elle a pu booster son commerce et à plusieurs de ses amies de renforcer leur commerce au fil du temps..
«Après mes études, j’étais confrontée au chômage. J’ai eu l’idée d’initier une activité. C’est ainsi que j’ai lancé la tontine. Il faut dire que ça m’a donné le fonds nécessaire pour faire mon commerce. J’ai regroupé ainsi 11 personnes pour une cotisation de 500 francs Cfa. Ce qui donne 27 500 pour les 11 femmes. Chaque cinq jour, une personne se voit donc livrer la somme jusqu’à ce que les 11 personnes aient reçu leur tontine. La tontine dure 1 mois 25 jours», précise- t- elle.
«La tontine arrange énormément les femmes parce qu’à l’heure actuelle, compte tenu de la situation du pays, il n’est pas facile de trouver des sommes pour lancer nos commerces. Seule la tontine nous permet d’acquérir des fonds. Aujourd’hui tout se fait et marche en tontine », s’encourage-t-elle.
La Tontine n’est cependant pas sans difficultés.
Les femmes sont parfois confrontées à quelques écueils qui peuvent engendrer des disputes ; surtout lorsque certains membres, après réception de leur gain, refusent de cotiser pour permettre aux autres de recevoir leur part.
« Elles ne vont pas jusqu’au bout de la tontine », regrette dame Amy.
Dans ce cas, elle se voit obligée de remplacer ces dernières dans la chaîne pour ne pas interrompre le cycle. Il y a aussi celles qui ne versent pas l’argent dans les délais, et qui refusent de reconnaître leurs arriérés de cotisations.
Au dire de Habiba Traoré, une autre membre de l’association, les femmes n’adhèrent pas automatiquement à la tontine. Puisque cela comporte un risque de confier de l’argent à une personne que l’on ne connaît pas.
Des cas de personnes ayant pris la poudre d’escampette avec l’argent des adhérentes sont légion. D’autres evoquent des cas de poursuites justices, des dissensions.
Fulbert YAO