Dans la région de la Nawa, l’aménagement routier en cours suscite interrogations et débats. Le bitumage de l’axe Guéyo–Lakota, salué par certains comme une avancée infrastructurelle, soulève néanmoins une question fondamentale : cette route ne risque-t-elle pas de détourner l’économie régionale au détriment de son propre chef-lieu ?Car pendant que l’axe reliant Guéyo à Lakota se modernise, la voie Soubré–Guéyo, elle, demeure dans un état de dégradation avancée. Une situation paradoxale quand on sait que Guéyo est un département administrativement rattaché à la Nawa, dont le chef-lieu est Soubré.En facilitant la liaison entre Guéyo et Lakota, ville rattachée à la région du Lôh-Djiboua, le projet modifie la géographie des échanges.À l’inverse, la voie reliant Guéyo à Soubré, chef-lieu de la Nawa, reste difficilement praticable, notamment en saison des pluies.En matière d’aménagement du territoire, les routes ne sont jamais neutres. Elles orientent les flux économiques, redessinent les circuits commerciaux et influencent durablement les dynamiques régionales.En économie régionale, les flux suivent toujours la voie la plus fluide.En facilitant prioritairement la liaison entre Guéyo et Lakota, ville relevant de la région du Lôh-Djiboua, le projet crée un nouveau pôle d’attraction pour les échanges commerciaux. Les opérateurs économiques, transporteurs et acheteurs pourraient naturellement privilégier l’axe le plus praticable, au détriment de la liaison interne avec Soubré.Ainsi, au lieu de consolider l’intégration économique de la Nawa, la nouvelle route risque d’encourager un basculement progressif des flux vers une autre région.La Nawa est l’un des principaux bassins cacaoyers du pays. Une part importante de cette production provient du département de Guéyo. Or, le coût du transport est un facteur déterminant dans la rentabilité des producteurs.Si la voie vers Soubré reste difficilement praticable, tandis que celle vers Lakota devient fluide et bitumée, le choix logistique s’imposera de lui-même : les cargaisons prendront la direction la plus accessible.Ce déplacement progressif des circuits de commercialisation pourrait entraîner une baisse d’activité pour les coopératives basées à Soubré , une réduction des retombées économiques locales (services, manutention, commerce) , un affaiblissement du rôle central de Soubré dans la structuration du marché régional, une perte invisible mais stratégiqueLe danger n’est pas immédiat ni spectaculaire. Il est structurel.Une route qui détourne les flux commerciaux détourne aussi les investissements privés , les activités de stockage et de transformation , les services financiers liés à l’agriculture et les recettes fiscales indirectes générées par l’activité économique.À long terme, c’est la compétitivité de la Nawa qui pourrait s’en trouver affectée.Bien entendu, toute infrastructure est synonyme de progrès pour les populations concernées. Le bitumage Guéyo–Lakota améliorera la mobilité, la sécurité et les conditions de transport vers le Lôh-Djiboua.Mais le véritable enjeu est ailleurs : pourquoi ne pas avoir priorisé l’axe Soubré–Guéyo afin de consolider d’abord la cohésion interne de la région ?Un territoire se renforce de l’intérieur avant de s’ouvrir vers l’extérieur. En inversant cette logique, le risque est de fragiliser l’équilibre régional.Loin d’être une simple question d’asphalte, le bitumage Guéyo–Lakota pose un débat stratégique : la Nawa bénéficie-t-elle réellement de ce projet ou en subit-elle les effets indirects ?Si les flux agricoles, notamment le cacao, se réorientent durablement vers le Lôh-Djiboua, la région pourrait perdre une partie de son dynamisme économique sans même en mesurer immédiatement l’impact.Le développement doit être inclusif et cohérent. Une route peut relier des villes , elle peut aussi redessiner les équilibres économiques.Et dans le cas présent, une interrogation demeure : La Nawa construit-elle son avenir… ou laisse-t-elle son économie prendre une autre direction ?En sommes si le bitumage de la voie Guéyo-Lakota est a saluer, il est nécessaire voir impératif de birumer la voie Soubré-Guéyo pour juguler le déséquilibre créé.
Méité Yacouba, journaliste professionnel





































































