Il met les pieds dans le plat. Le président du Renouveau démocratique, Lamoussa Djinko, a animé ce mercredi 11 février 2026, au siège de son parti à Cocody-Attoban, une conférence de presse marquant la reprise des activités de son parti pour l’année 2026. À cette occasion, deux thèmes ont été abordés : l’agriculture et le Plan national de développement (PND).
Sur l’agriculture, Lamoussa Djinko a estimé, d’entrée, que le slogan selon lequel « l’économie ivoirienne repose sur l’agriculture » relève désormais du mythe. Selon lui, aucun pays moderne ne peut fonder durablement son développement sur un seul secteur. « L’économie d’un pays doit se reposer sur tous les secteurs », a-t-il martelé.
Lamoussa Djinko estime aussi que la Côte d’Ivoire demeure enfermée dans une agriculture agraire dépassée, héritée d’un autre âge, alors même que près de 80 % de la population est impliquée, directement ou indirectement, dans ce secteur. Une situation qui entretient une pauvreté structurelle chez les paysans.
Face à la crise, l’opposant a formulé une série de propositions qu’il juge capables de sortir durablement les paysans de la précarité.
« À court terme, le gouvernement doit stabiliser les prix et sanctionner ceux qui exploitent les paysans », a-t-il martelé, appelant l’État à jouer pleinement son rôle de régulateur.
Il appelle en outre à mettre fin aux fluctuations brutales des prix agricoles, notamment dans la filière cacao. Il préconise une intervention directe de l’État pour garantir des prix planchers et protéger les producteurs contre la spéculation. À ses yeux, laisser le paysan seul face au marché revient à l’exposer à une pauvreté chronique.
À long terme, Lamoussa Djinko plaide pour le retour à une caisse de stabilisation, mais dans une version rénovée, mieux structurée et plus transparente. Cet instrument, estime-t-il, permettrait de proposer aux producteurs des prix acceptables et stables, tout en sécurisant leurs revenus. « Une caisse de stabilisation bien organisée est une assurance pour le paysan », soutient-il.
L’opposant insiste également sur la nécessité d’améliorer la qualité du cacao ivoirien. Il propose que l’État équipe les producteurs en fourneaux de séchage, afin d’obtenir un cacao de meilleure qualité, mieux valorisé sur le marché international. Une telle démarche, selon lui, contribuerait à accroître les revenus des paysans sans augmenter les superficies cultivées.
Au-delà de l’agriculture, Lamoussa Djinko identifie le système bancaire comme un frein majeur au développement. Il appelle à la mise en place d’un système bancaire simple, accessible et réellement fonctionnel, capable de financer les producteurs, les coopératives et les PME agricoles. « Tant que le crédit restera inaccessible, l’agriculture restera bloquée », estime-t-il.
Sur le plan monétaire, le leader du Renouveau démocratique prône une reprise en main de la souveraineté financière. Il rappelle que la Côte d’Ivoire représente près de 42 % du PIB de l’UEMOA et estime qu’elle dispose des atouts nécessaires pour accueillir une banque centrale performante, orientée vers le financement du développement.
À ses yeux, une telle institution permettrait de soutenir les banques locales, de faciliter l’accès au crédit et d’orienter l’économie vers l’industrialisation et la transformation locale. « Il faut une économie tournée vers l’industrie, pas seulement vers l’exportation de matières premières », a-t-il insisté.
Enfin, convaincu que la crise agricole n’est pas une fatalité, Lamoussa Djinko appelle à un changement courageux de modèle économique. Pour lui, la stabilisation des prix, la protection des paysans, la réforme bancaire et l’industrialisation constituent les piliers d’une sortie durable de crise.
Abordant le Plan national de développement récemment présenté par le gouvernement, Lamoussa Djinko s’est montré tout aussi critique. Le chiffre de 115 000 milliards de francs CFA annoncés pour les cinq prochaines années constitue, à ses yeux, un « danger économique ».
« Le problème n’est pas le montant, mais ce que l’on va en faire et d’où viendra cet argent », s’interroge-t-il.
Pour lui, sans un changement profond de modèle économique, ces ressources risquent de ne pas produire les effets escomptés.
Djinko plaide aussi pour une refonte globale du modèle économique ivoirien, fondée sur la diversification, l’industrialisation et une véritable politique de protection des paysans. « Depuis l’indépendance, il n’y a jamais eu de politique sérieuse de protection du monde rural », a-t-il regretté, estimant que tous les gouvernements ont failli sur cette question.
Pour conclure, l’opposant a appelé à un débat national sincère sur l’agriculture, l’économie et la gouvernance, afin d’éviter, selon lui, des lendemains économiques incertains.
Fulbert Yao






































































