En Côte d’Ivoire, la lutte contre l’insuffisance rénale se heurte à un obstacle majeur : le manque criant de spécialistes. Seul néphrologue en exercice dans tout le district du Bas-Sassandra, Dr Togo Abdoulaye tire la sonnette d’alarme face à cette pathologie en nette progression.En tant que chef de l’antenne régionale du Centre national de prévention et de traitement de l’insuffisance rénale (Cnptir), installée à l’hôpital général de San Pedro, le praticien couvre ce vaste territoire qui comprend les régions de San Pedro, de la Nawa et du Gboklê.
Lors de la conférence des directeurs régionaux tenue début mars à la préfecture de région, sous l’autorité du préfet, le néphrologue a partagé des chiffres préoccupants. Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), une personne meurt d’insuffisance rénale toutes les 20 secondes dans le monde. Une statistique qui illustre l’ampleur de la pandémie.Dr Togo a fait savoir que pour intensifier la riposte, l’Oms a instauré le concept « mars vert ».
Le mois de mars étant ainsi désormais dédié à l’intensification de la sensibilisation et la lutte contre les maladies rénales.
Ce, à l’image de « octobre rose » pour les cancers féminins et de « novembre bleu » pour les cancers qui touchent les hommes. Le deuxième jeudi de mars a également été décrété Journée mondiale du rein, par l’organisation, dans cette même dynamique.Et d’ajouter que sur le plan national, entre 9 000 et 12 000 nouveaux cas d’insuffisance rénale sont enregistrés chaque année. Environ 1% de ces cas atteignent le stade terminal, nécessitant des séances de dialyse à vie. La ville d’Abidjan concentre à elle seule près de 500 cas. Toutefois, la prise en charge par l’État reste limitée, avec environ 1 500 patients suivis sur l’ensemble du territoire.La maladie touche majoritairement des individus âgés de 20 à 49 ans, soit une population active essentielle au développement économique du pays.
À cela s’ajoute un taux de mortalité élevé.Face à cette situation, le médecin néphrologue insiste sur l’importance de la prévention. Il recommande le dépistage précoce, d’autant plus que l’insuffisance rénale évolue sans symptômes à ses débuts. Les premiers signes apparaissent généralement à un stade avancé de la maladie.
Entre autres alertes à surveiller, des envies fréquentes d’uriner la nuit, des nausées matinales, une fatigue et une perte de poids inexpliquées, des œdèmes, une anémie persistante ou encore des urines mousseuses.
Le spécialiste met également en garde contre certains facteurs de risque, notamment le recours simultané à la médecine moderne et aux traitements traditionnels, dont la combinaison peut endommager progressivement les reins. Il souligne par ailleurs l’importance de la vaccination contre des maladies comme l’hépatite B, la fièvre jaune, la méningite ou la fièvre typhoïde.
En réponse à la pandémie, l’État ivoirien a mis en place le Cnptir en 2012, qui a été transformé en établissement public hospitalier national dix ans plus tard. Cette structure assure la prise en charge des patients, les consultations spécialisées, les séances de dialyse, ainsi que des missions de prévention, de formation et de recherche.
L’antenne de San Pedro, ouverte le 3 mars 2025, dispose d’une équipe composée de sept infirmiers, quatre aides-soignants, un technicien biomédical et un seul néphrologue. Elle est équipée de 12 machines de dialyse réparties dans une salle dédiée. Un dispositif jugé largement insuffisant au regard des besoins de toute la région du Bas-Sassandra. En dépit des efforts engagés, le défi reste immense. Entre pénurie de spécialistes, capacités d’accueil limitées et progression constante de la maladie, la lutte contre l’insuffisance rénale en Côte d’Ivoire apparaît plus que jamais comme une priorité de santé publique.
MARCELIN KLA






































































