La reprise du repos biologique, prévue pour le 1er septembre prochain, s’annonce sous tension. Et pour cause, des marins-pêcheurs menacent de ne pas reprendre la mer.
Face à la presse, ce samedi 30 août 2025 à Treichville, le capitaine Dakoury Jean de Dieu, président de la Fédération des syndicats de la pêche maritime de Côte d’Ivoire (FESPEM-CI), est monté au créneau pour exprimer leur mécontentement. Il a dénoncé à la fois la gestion du repos biologique et celle des accords de partenariat pour une pêche durable signés avec l’Union européenne.
S’agissant du repos biologique, le syndicaliste a rappelé que cette mesure, entrée en vigueur depuis 2023, bien qu’utile dans son principe, est aujourd’hui vécue comme une sanction déguisée par les marins.
« Pourquoi affirmons-nous cela ? Parce qu’il n’existe aucune mesure d’accompagnement pour nous, marins-pêcheurs. Dès que la mesure entre en vigueur, le 1er juillet, les armateurs ferment tout et vont en congé. Donc, nous n’avons plus droit au salaire, plus rien pour nous soutenir durant cette période. Et c’est cela que nous dénonçons », a-t-il expliqué.
« Quand nous avons appris que cette mesure entrait en vigueur, nous avons écrit à l’administration des pêches afin que cette direction ou ce ministère prête au moins une oreille attentive aux problèmes criants que vivent les marins. Mais depuis trois ans, quel est le bilan du repos biologique ? Est-ce que le MIRAH peut aujourd’hui nous donner ce bilan ? Est-ce que cela a effectivement réglé le problème ? Comment feront-ils face à la situation des marins ? Le repos biologique, comme je l’ai dit, n’est pas une mauvaise chose en soi. Dès le départ, nous-mêmes avions demandé son instauration pour limiter les pratiques de pêche destructrices. Mais, dans son application, ni le port, ni les armateurs, ni l’administration maritime n’ont été associés. C’est une décision unilatérale du ministère », a-t-il insisté.
Le syndicaliste regrette qu’en raison de cette mesure, les marins-pêcheurs se retrouvent sans ressources financières à la veille de la rentrée scolaire.
Dakoury Jean de Dieu a annoncé, par ailleurs, qu’un préavis de non-reprise des activités au 1er septembre a été déposé par la FESPEM-CI, dans l’attente de réponses concrètes du ministère.
Au nom de la fédération, il a proposé que le repos biologique soit déplacé entre janvier et mars. Il exige également des mesures d’accompagnement : formations, appui financier et véritable plan social. « Le marin-pêcheur est le maillon faible de la chaîne de valeur. Il est temps que cela change », a-t-il martelé.
Le repos a été programmé selon le calendrier suivant: La Pêche artisanale maritime du 1er juillet au 31 juillet 2025, la Pêche semi-industrielle du 1er juillet au 31 août 2025 et la Pêche industrielle du 1er juillet au 31 août 2025.
Concernant les accords de partenariat pour une pêche durable signés en juin dernier entre la Côte d’Ivoire et l’Union européenne, la FESPEM-CI se dit également préoccupée.
Selon la Fédération, ces accords, renouvelés tous les quatre à cinq ans, contiennent des dispositions sociales et financières censées bénéficier directement aux marins ivoiriens, notamment par des formations, des salaires conformes aux normes de l’Organisation internationale du travail (OIT) et des projets de développement sectoriel.
Mais « depuis 2007, aucune de ces dispositions n’a été respectée. Nous avons dû faire grève en 2022 pour exiger leur application. Un protocole a été signé le 28 septembre 2023… mais les accords ont été renouvelés en 2024 sans que nous en soyons informés », a déploré Dakoury Jean de Dieu.
Le syndicaliste dénonce, en outre, l’absence totale de transparence : ni accès aux nouveaux accords signés, ni aux fonds issus de la politique sectorielle européenne, pourtant destinés à financer des projets locaux. Les projets de formation proposés par la FESPEM-CI sont restés lettre morte.
« Nous avons rencontré l’ambassadeur de l’UE, écrit aux ministres successifs, mais aucun retour. C’est une marginalisation pure et simple », a-t-il dénoncé.
La FESPEM-CI appelle donc à l’ouverture d’un cadre de dialogue permanent avec l’ensemble des acteurs du secteur, y compris les marins, véritables piliers de la chaîne de valeur halieutique.
« Le marin-pêcheur est aujourd’hui le maillon le plus faible de toute la chaîne. Sans lui, pas de poisson sur les marchés. Il est temps que l’État assume ses responsabilités », a conclu le capitaine Dakoury.
« Dans d’autres pays comme le Sénégal, ces accords ont été révoqués. Ici, ils sont renouvelés sans que nous sachions ce qui en ressort réellement pour les travailleurs », a-t-il encore souligné, appelant à plus de transparence et d’inclusion.
Fulbert Yao