Dans la région de la Nawa, au cœur des zones de production de cacao, le projet ACCEL Africa porté par l’Organisation internationale du Travail contribue progressivement à transformer les conditions de vie des communautés rurales.
À travers des initiatives qui allient diversification des revenus, innovation agricole, protection sociale et autonomisation des femmes, le programme agit sur les causes profondes du travail des enfants dans les plantations.
Financé par le Royaume des Pays-Bas à travers le ministère des affaires étrangères , ce programme était au centre d’une visite de terrain effectuée le mardi 10 mars dans la sous-préfecture de Grand-Zattry par l’ambassadeur néerlandais en Côte d’Ivoire, Jeroen Kelderhuis, venu constater l’impact des actions menées dans plusieurs villages bénéficiaires.Dans les zones cacaoyères, de nombreuses familles vivent avec des revenus limités et un accès restreint aux services sociaux. Cette situation peut parfois pousser les ménages à faire participer les enfants aux activités agricoles. Pour y remédier, le projet ACCEL Africa déploie dans plusieurs communautés des solutions destinées à améliorer les revenus des familles et à renforcer leur résilience économique.
Dans le village de Zakoéoua, l’initiative accompagne les producteurs dans l’amélioration de la sécurité et de la santé au travail dans les plantations de cacao à travers l’outil WIND. Mais l’action du projet va bien au-delà des pratiques agricoles. Une unité de transformation de manioc a été mise en place afin de permettre aux femmes du village de produire de l’attiéké et de générer des revenus supplémentaires.Pour les bénéficiaires, cette activité a profondément changé leur quotidien.
« Quand le projet est arrivé, nous avons bénéficié de matériel pour faire de l’attiéké. Faire de l’attiéké nous a fait sortir de la pauvreté », témoigne Kouamé Ahou Béatrice, l’une des femmes impliquées dans l’initiative.La production d’attiéké permet également d’approvisionner la cantine scolaire du village, ce qui améliore les conditions d’apprentissage des élèves.
« Le projet nous a permis de nourrir nos enfants à l’école en fournissant de l’attiéké à la cantine du village. Aujourd’hui les enfants sont plus à l’aise à l’école parce qu’ils n’ont plus faim », explique Yoboué Adjoua.
Dans le village de Kotabliéoua, le projet ACCEL Africa introduit une innovation écologique qui transforme les déchets agricoles en ressource économique.
Les producteurs y apprennent à fabriquer du biochar à partir des cabosses de cacao. Ce charbon biologique est ensuite utilisé pour fertiliser les sols.Pour les producteurs, cette technique permet de réduire considérablement les dépenses liées aux engrais chimiques.
« La production de biochar nous a beaucoup aidés. Avant, nous dépensions de l’argent pour acheter de l’engrais pour fertiliser nos sols. Aujourd’hui, nous utilisons la matière issue de nos champs pour produire notre propre fertilisant », explique Yaboa Oumarou, producteur bénéficiaire de la coopérative NECAB.
« Les coques de cacao étaient jetées parce que nous ne savions pas à quoi elles pouvaient servir. Aujourd’hui, ce que nous économisons nous permet de scolariser nos enfants et d’investir », ajoute-t-il.
Pour N’Goran Koffi Hervé, directeur de la société coopérative NECAB de Bagoliéoua, cette innovation constitue un véritable soulagement pour les planteurs. « Le biochar permet de soulager les producteurs parce qu’ils dépensaient beaucoup d’argent pour acheter de l’engrais. Aujourd’hui nous avons l’occasion de fertiliser les champs presque gratuitement », souligne-t-il.
Dans le village de Bagoliéoua, le projet agit également sur la protection sociale et l’autonomisation économique des populations. Les producteurs bénéficient désormais de la Couverture Maladie Universelle, ce qui renforce la sécurité sanitaire des familles.Parallèlement, des jeunes suivent une formation par alternance en culture du manioc afin de faciliter leur insertion professionnelle en milieu rural.
Les femmes, quant à elles, participent aux Associations pour la Valorisation de l’Entraide Communautaire (AVEC), un système local d’épargne et de crédit qui leur permet de développer des activités génératrices de revenus.
« Le projet nous a appris à gérer notre argent à travers l’AVEC. Aujourd’hui nous arrivons à aider nos maris à faire face aux charges », explique Séri Mélanie.
Pour certaines bénéficiaires, ces mécanismes d’épargne ont permis de concrétiser des projets personnels. « Grâce à l’AVEC, j’ai pu acheter un congélateur pour vendre du poisson frais et j’ai pu faire la toiture de ma maison », confie Gadou Louise.Pour les responsables du programme, ces actions contribuent directement à réduire les facteurs qui favorisent le travail des enfants dans les zones de production de cacao.
« Nous ressortons de cette visite avec une grande satisfaction parce qu’à travers les villages de Zakoéoua, Kotabliéoua et Bagoliéoua, le projet ACCEL Africa phase 2 a pu montrer un aperçu concret de ses réalisations », affirme Paul Koffi Agénor, coordonnateur du projet.Présent sur le terrain, l’ambassadeur des Pays-Bas en Côte d’Ivoire s’est également félicité de l’engagement des autorités locales et de l’impact visible du programme dans les communautés rurales.
« Nous avons visité avec les autorités locales les projets de l’OIT pour lutter contre le travail des enfants. Je suis très content de voir que le gouvernement ivoirien est vraiment impliqué dans ce projet à travers les autorités locales », a déclaré Jeroen Kelderhuis.
En s’attaquant simultanément aux défis économiques, sociaux et éducatifs des communautés cacaoyères, le projet ACCEL Africa contribue à offrir aux familles des alternatives durables et à créer les conditions d’un avenir où les enfants restent à l’école plutôt que dans les plantations.
Dans les villages de la sous-préfecture de Grand-Zattry, les témoignages des populations montrent déjà que cette transformation est en marche.
Méité Yacouba





































































