Il dénonçait hier la pensée unique ; il la pratique aujourd’hui. Au FPI, le refus de Pascal Affi N’Guessan de quitter la présidence illustre une contradiction profonde entre le discours démocratique et la réalité interne du parti. Lui et ses compagnons, qui se sont évertués à combattre une supposée dictature d’Houphouët-Boigny, sont aujourd’hui les mêmes personnalités qui appliquent cette même pensée unique au sein de leur formation politique. Malgré toutes les crises internes que traverse le FPI, son président, Pascal Affi N’Guessan, élu depuis 2001, n’a aucune intention de passer la main à un autre cadre afin de lui permettre de faire ses preuves. Lors d’une conférence de presse tenue le samedi 31 janvier 2026, au siège de son parti, à l’occasion de la cérémonie de présentation de vœux du Nouvel An, Affi a récidivé : « Le fait que nous ayons fait la transmission ne signifie pas que mon combat est terminé. Parce qu’il y a certains (…) La transmission du pouvoir à l’honorable Diby Kokora Bernard ne signifie en aucun cas la fin de ma carrière politique. Je voudrais vous rassurer : je ne peux pas me retirer à un moment où la Côte d’Ivoire a besoin de la mobilisation de tous ses fils pour sa libération. Je ne peux pas me retirer à un moment où le Front Populaire Ivoirien a besoin d’un sursaut pour reconquérir le pouvoir d’État. Nous sommes donc toujours ensemble », a-t-il déclaré. A la vérité, les propos de l’ex-patron de la région du Moronou ne tiennent pas. Cet argument, selon lequel, il ne peut pas se retirer « à un moment où la Côte d’Ivoire a besoin de la mobilisation de tous ses fils », est trompeur pour une raison simple : la mobilisation nationale ne dépend pas d’un homme, encore moins de son maintien à la tête d’un parti. Dans une démocratie fonctionnelle, les partis politiques se renforcent par l’alternance interne, la diversité des idées et le renouvellement des leaderships. Se présenter comme indispensable revient à nier la capacité des autres cadres du FPI à porter le combat politique. Or, aucune organisation politique sérieuse ne peut reposer durablement sur une seule personne sans s’affaiblir. Deuxièmement, Affi N’Guessan laisse entendre que quitter la présidence du FPI affaiblirait le combat politique national. C’est une confusion entre intérêt personnel et intérêt collectif. Le combat pour la démocratie et l’alternance en Côte d’Ivoire dépasse largement le FPI et encore plus la personne d’Affi N’Guessan. D’autres leaders, d’autres partis et même d’autres générations y contribuent. Faire croire que son départ serait un recul pour la démocratie relève d’une personnalisation du combat politique, contraire aux principes mêmes que le FPI prétend défendre. Aussi, lorsqu’Affi N’Guessan explique qu’il n’a pas besoin d’être député pour être visible ou pour s’exprimer, il répond à une question que personne ne pose. Le débat ne porte pas sur sa capacité à parler ou à voyager, mais sur son efficacité politique à la tête du FPI : combien d’élections gagnées sous son leadership ? quelle progression électorale du parti ?. Un leader politique se juge à sa capacité à gagner et à mobiliser. Or, les faits sont têtus : Affi N’Guessan a perdu la présidence du Conseil régional du Moronou, son bastion historique ; il s’est retiré des législatives de 2025 à Bongouanou ; ce retrait a entraîné une vague de démissions et un affaiblissement du FPI dans la région. Ces éléments démontrent une érosion manifeste de son leadership. Affi N’Guessan se réclame de la démocratie, mais : il prend des décisions majeures de façon unilatérale (rupture avec le RHDP) ; il refuse un bilan collectif exigé par les militants ; il exclut ou marginalise les cadres critiques ; il bloque toute perspective crédible d’alternance interne. Un chef qui ne parvient plus à fédérer chez lui ne peut raisonnablement prétendre conduire une reconquête nationale. Depuis 2015, des structures internes et externes au FPI appellent à son départ. Alors que Laurent Gbagbo était détenu à La Haye, la coordination du Front populaire ivoirien en exil avait appelé son président, Pascal Affi N’Guessan, à quitter ses fonctions, à la suite de l’invalidation de la candidature de Laurent Gbagbo à la présidence du parti. Le premier responsable de cette coordination, Émile Guirieoulou, avait appelé les militants et les comités régulateurs de ce principal parti d’opposition à faire pression sur leur président afin de l’inciter à se retirer, selon un communiqué officiel. « La coordination du FPI en exil demande aux militants du parti de prendre acte du fait qu’Affi N’Guessan n’est plus le président du FPI et d’exiger du comité de contrôle et du comité central la prise de mesures appropriées en déclarant vacante la présidence du parti », indiquait le communiqué. Avant d’ajouter : « Le retour de Laurent Gbagbo serait le moyen de ramener la paix et la cohésion au sein du FPI. Nous exhortons les militants à demeurer mobilisés et vigilants et à entreprendre, partout et dans toutes les bases, des actions démocratiques pour bouter Affi N’Guessan hors de la direction du FPI ». Le courant Démocratie et Valeurs officiellement lancé le samedi 26 octobre 2025, n’est pas un accident, mais le symptôme d’un malaise durable. Ces membres du FPI, en rupture de ban avec le président Pascal Affi N’Guessan, ont, par la voix d’Issiaka Sangaré, ancien porte-parole du parti, exposé les raisons profondes des tensions internes qui secouent actuellement la formation. Dans une interview, il a expliqué que ces tensions résultent de désaccords majeurs sur la direction et la gestion du parti. Selon lui, le point de départ de la crise serait la décision unilatérale d’Affi N’Guessan de rompre le partenariat entre le FPI et le RHDP.
« Alors que les militants exigeaient du président un bilan conjoint de cette alliance avec le RHDP avant toute rupture -ce qui n’a pas été fait dans les règles-, il a pris la décision de les exclure des instances du parti », a-t-il indiqué. Au regard de ces éléments, l’argument selon lequel Pascal Affi N’Guessan resterait à la tête du FPI pour sauver le parti et contribuer à la « libération » de la Côte d’Ivoire apparaît peu convaincant. Loin de provoquer le sursaut annoncé, son maintien entretient les divisions, accélère les départs et empêche l’émergence d’un leadership capable de redonner au FPI sa vigueur d’antan. La question n’est donc plus de savoir si Affi N’Guessan peut rester, mais si le FPI peut encore se relever tant qu’il s’y accroche.
G.K/FY




































































