La date du 13 mars 2026 restera gravée dans l’histoire culturelle de la Côte d’Ivoire. Arraché à sa terre par l’administration coloniale il y a 110 ans, le Djidji Ayôkwé, mythique tambour parleur du peuple Atchan, est de retour à Abidjan.
Restitué officiellement par la France le 20 février dernier à Paris, l’objet patrimonial a regagné la terre de ses ancêtres. L’instrument sacré a été accueilli, ce vendredi 13 mars par la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, entourée d’une forte délégation de chefs traditionnels Atchan ainsi que du 1er vice-gouverneur du District autonome d’Abidjan, Danho Paulin.

Dans une atmosphère empreinte de ferveur et de symbolisme, la cérémonie d’accueil a débuté par un rituel d’Akwaba conduit par un dignitaire, suivi d’une danse guerrière exécutée dans la pure tradition Atchan. Visiblement émue, la ministre Françoise Remarck a salué un moment historique pour la nation ivoirienne. « l’aboutissement de ce processus de restitution est le fruit de l’engagement fort et déterminant du Président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, et de la diplomatie active menée avec son homologue, le Président Emmanuel Macron », a-t-elle fait savoir.
La première responsable de la culture en Côte d’Ivoire a également souligné que la coopération entre la Côte d’Ivoire et la France, dans ce domaine comme dans bien d’autres, se révèle exemplaire. La ministre Françoise Remarck a précisé que le tambour parleur sera prochainement placé dans un espace sécurisé afin de permettre son acclimatation. Cette étape s’inscrit dans le protocole établi entre le Musée du quai Branly à Paris et le Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire. « A l’issue de cette phase, l’instrument sera officiellement présenté au public avant son installation définitive au sein de cette institution muséale », a-t-elle annoncé.
S’adressant symboliquement au tambour, Françoise Remarck a souligné la portée de ce retour. « Ton retour est un message fort pour nos jeunes qui ont décidé de s’approprier leur histoire, pour les communautés qui retrouvent leur Djidji Ayôkwé, symbole de cohésion sociale, de paix et de dialogue », a-t-elle déclaré, estimant également que ce retour constitue “ une victoire du leadership du Président de la République pour toute la Nation”.
Cette restitution marque une étape importante dans le processus de retour des biens culturels ivoiriens conservés à l’étranger. Le Djidji Ayôkwé est en effet la première œuvre restituée sur les 148 objets du patrimoine ivoirien encore conservés dans les collections françaises.
Instrument sacré du peuple Atchan, le Djidji Ayôkwé était bien plus qu’un simple objet rituel. Ce tambour monumental, long de plus de trois mètres et pesant près de 430 kilogrammes, servait autrefois à transmettre des messages entre villages et à annoncer les grands événements de la communauté. Il pouvait aussi mobiliser les populations face aux dangers ou aux décisions importantes.
En 1916, dans un contexte de résistance des populations locales aux travaux forcés imposés par l’administration coloniale, le tambour fut confisqué par les autorités françaises avant d’être transféré en France, où il rejoindra plus tard les collections muséales. Pendant plus d’un siècle, cet objet chargé de mémoire restera éloigné de sa communauté d’origine, devenant l’un des symboles de la spoliation du patrimoine africain durant la période coloniale.
Joël Soro





































































