Abidjan se met au vert. Face à ses plus de 155 jardins publics, couvrant une superficie de 423,9 hectares, soit seulement 0,78 % des 54.273,3 hectares du district, qui ne remplissent pas pleinement leurs fonctions écologiques et socio-économiques, l’Université Félix Houphouët-Boigny, en collaboration avec le District autonome d’Abidjan et le Fonds pour la Science, la Technologie et l’Innovation (FONSTI), a décidé de prendre le taureau par les cornes.
Ainsi, depuis ce jeudi 26 mars 2026, un projet FONSTI intitulé : « Villes durables : co-construction de mécanismes de restauration écologique durable des jardins publics pour le renforcement de la résilience verte et l’amélioration du cadre de vie des populations du District autonome d’Abidjan » a été présenté et lancé au cours d’une cérémonie à l’Hôtel Tiama, à Abidjan-Plateau.
Prévu pour une durée de deux ans, le projet est financé à hauteur de plus de 44 millions de FCFA. Il est porté par une équipe de 11 membres composée de deux botanistes, un pédologue, un sociologue, deux économistes, un cartographe, une spécialiste du genre, une société d’urbanisme, une ONG et le District autonome d’Abidjan.

Selon la Coordonnatrice scientifique du projet, Prof. Tiébré Marie Solange épouse Rensonnet, par ailleurs Directrice National de Floristique (CNF) de l’Université Félix Houphouët-Boigny, cette initiative sera l’occasion pour l’institution universitaire de démontrer son savoir-faire en matière de restauration écologique.
Il s’agira également « de co-construire avec les populations locales des mécanismes d’utilisation durable de ces espaces verts, tenant compte de leurs attentes et de leurs besoins socio-économiques. La prise en compte, par le District autonome d’Abidjan, de l’exploitation économique de ces espaces verts et de l’amélioration du cadre de vie des populations permettra une gestion durable de ces jardins ainsi que le maintien des services écosystémiques ».
« L’objectif du projet est de contribuer à la résilience verte et à l’amélioration du cadre de vie des populations du District autonome d’Abidjan. De façon spécifique, il s’agira d’identifier les jardins publics propices à une restauration écologique, de co-construire avec les populations ce projet de restauration durable, puis de restaurer effectivement un jardin public pilote, identifié de commun accord avec les populations et les collectivités territoriales », a-t-elle précisé.
A l’en croire, les principaux bénéficiaires du projet sont le District autonome d’Abidjan, les communes et les populations.
Après cette phase de lancement, les prochaines étapes prévoient des concertations avec les parties prenantes, notamment les populations locales, les autorités publiques et les collectivités territoriales, afin de recueillir leurs attentes et leurs besoins.

Sur le terrain, l’équipe procédera ensuite à une analyse de la vulnérabilité des espaces verts, en intégrant les aspects liés au genre et aux populations locales. Cinq ateliers de renforcement des capacités seront organisés, portant sur l’éducation environnementale, l’économie circulaire et la gestion des biens communs. Par ailleurs, cinq ateliers de priorisation permettront d’identifier des activités économiques durables et respectueuses de l’environnement.
À l’issue de ces travaux, les populations sélectionneront sept projets de restauration écologique durable et résiliente, en adéquation avec leurs besoins et avec les principes de l’économie circulaire.
Cette étape débouchera sur l’identification d’un jardin public pilote. Une maquette de restauration sera élaborée par les experts en urbanisme-paysagisme, puis validée, avant la définition d’un mode de gestion concerté entre les populations et les autorités territoriales. Le jardin sera ensuite restauré et présenté aux populations, avec, en clôture, un atelier de production de fiches de projets.
Deux résultats majeurs sont attendus, selon la coordonnatrice : « le premier concerne l’identification de jardins publics aptes à la restauration écologique, sur la base de critères tels que la couverture végétale, la qualité du sol, l’indice de vulnérabilité, les activités socio-économiques existantes et la prise en compte du genre. Le second résultat attendu est la réalisation d’un jardin public pilote entièrement restauré, servant de modèle pour le District autonome d’Abidjan ».
Évoquant les options d’aménagement, elle a indiqué que plusieurs axes sont envisagés, notamment l’embellissement, l’assainissement, la sécurité, la protection écologique, l’intégration urbaine, ainsi que la création d’espaces ludiques, sportifs et économiques.
À sa suite, Cissé Habou Dramane, Secrétaire général du District autonome d’Abidjan, représentant le ministre-gouverneur Cissé Ibrahim Bacongo, a salué cette initiative qui s’inscrit dans la vision du District, de bâtir une ville moderne, résiliente et durable, offrant un cadre de vie sain et agréable aux populations.
Le projet repose sur trois piliers : une base scientifique portée par les institutions académiques, une démarche participative impliquant les populations, et une vision durable inspirée de l’économie circulaire.

Le Professeur Dayoro Kévin, représentant le Secrétaire général du FONSTI, Dr Yaya Sangaré, a indiqué que le projet « Ville durable », sélectionné pour sa rigueur et son impact potentiel, marque le début d’une exigence accrue en matière de résultats, de suivi et de gouvernance. Face aux défis liés à la pression urbaine et à la dégradation des espaces verts, il a souligné que cette initiative dépasse la seule dimension environnementale pour devenir un véritable projet de société.
Il a insisté sur l’importance de la co-construction entre chercheurs, institutions et populations, ainsi que sur la collaboration entre l’Université Félix Houphouët-Boigny et le District autonome d’Abidjan. Il a également appelé à une recherche ivoirienne davantage connectée aux réalités nationales.

Enfin, le Prof. Sangaré Abdoulaye, Vice-président chargé de la Recherche et de l’Innovation technologique de l’Université Félix Houphouët-Boigny, représentant le président de l’institution, Prof Ballo Zié, a souligné qu’au regard des défis mondiaux tels que le changement climatique et la pression sur les ressources, il est urgent de repenser le développement urbain pour bâtir des villes durables, inclusives et résilientes.
Selon lui, ce projet s’inscrit pleinement dans cette vision, en conciliant croissance économique, équité sociale et préservation de l’environnement. « Ce projet représente une opportunité d’expérimenter des solutions innovantes et de partager de bonnes pratiques. Il constitue un levier important pour accélérer la transition vers des villes plus vertes, plus intelligentes et plus inclusives », a-t-il affirmé.
Il a, pour finir, salué l’engagement des partenaires et rappelé le rôle central de la recherche dans la résolution des problèmes sociaux : « L’occasion vous est donnée de démontrer que dans nos universités, il y a des chercheurs qui trouvent des solutions durables au bénéfice de la communauté ».
Fulbert Yao (herrwall2007@yahoo.fr)





































































