Ils sont onze dans cette procédure tentaculaire mêlant six personnes physiques et cinq personnes morales, dont deux établissements bancaires. Dans le box des accusés, des profils loin d’être anonymes : un député Stéphane Kipré, en tant qu’administrateur de SK Global Investment Côte d’Ivoire, Prince Arthur Dally, Maire de Lakota et directeur administratif et financier (DAF) du groupe. À leurs côtés, plusieurs sociétés, notamment Prince Capital Limited, SK Global Investment Group SA et JYL International Group Consulting Limited, sans oublier les banques GT Bank SA et BDU.
À la barre, ce mardi 7 avril 2026, comparaissaient le directeur général de SK Global Investment Côte d’Ivoire et son directeur administratif et financier (DAF), également maire.
Derrière ce dossier, un montage financier aux contours flous. La société-mère, basée en République démocratique du Congo et créée en 2003, a donné naissance en 2021 à une filiale ivoirienne. Objectif affiché : investir dans le BTP, les études financières et la logistique. Mais très vite, le projet patine. « Nous n’avons pas eu de clients », reconnaît le DG.
Pour survivre, la filiale se tourne vers la maison-mère. Une convention de financement est mise en place. Mais au lieu du circuit bancaire classique, ce sont des transferts en espèces qui sont privilégiés. Pendant 18 mois, près de 60 millions de FCFA par mois sont convoyés vers Abidjan.
Première zone d’ombre. « Avez-vous une convention avec les banques ? », interroge le tribunal. « Non », répond le DG, sans détour.
Face aux questions incisives de l’avocat de l’État, le ton monte : « Faites-vous du blanchiment ? Êtes-vous un prête-nom ? » Le prévenu se défend : « À mon âge, plus de 60 ans, je ne peux pas être un prête-nom. »
Mais les explications peinent à convaincre.
À son tour, le DAF s’embourbe. Actionnaire de toutes les sociétés, il admet que ses parts dans la filiale ivoirienne ont été financées… par une autre entité. « Je devais rembourser avec les dividendes », explique-t-il. Une logique que la présidente du tribunal rejette : « Vous ne payez rien dans ce cas. Le tribunal ne comprend pas. »
L’audience prend une tournure plus incisive avec l’intervention du parquet. Une société basée à Hong Kong, JYL, apparaît comme détentrice du capital. Interrogé sur ses initiales, le DAF reste évasif. Sur les actionnaires de la maison-mère congolaise, c’est le silence total.
« Vous ne connaissez pas les actionnaires de votre propre société ? », s’étonne la cour.
Le malaise s’installe. Et lorsqu’on lui demande le dénominateur commun de toutes ces structures, le DAF lâche : « C’est moi. »
Autre incohérence majeure : les flux financiers. Selon le parquet, les charges mensuelles déclarées atteignent 216 millions de FCFA, dont 29 millions pour les salaires et autant pour les impôts, dans une entreprise sans activité réelle. Pourtant, les transferts mensuels annoncés ne dépassent pas 60 millions de FCFA.
En cinq mois, 746 millions de FCFA auraient été perçus. À quoi ont-ils servi ? « À des acquisitions », avance timidement le DG.
Une réponse jugée insuffisante.
La présidente du tribunal enfonce le clou : comment justifier des charges fiscales aussi élevées pour une société sans clients et ne comptant que 22 employés ?
Autant de zones d’ombre qui renforcent les soupçons et fragilisent la défense.
Le procès est loin d’avoir livré tous ses secrets. La prochaine audience est fixée au 12 mai 2026. Le directeur général est attendu avec des documents censés éclairer un dossier qui, pour l’heure, reste enveloppé d’un épais brouillard.
E.A






































































