Historiquement, l’origine du jeu d’échecs est fortement attribuée à la Perse, l’Iran actuel. D’ailleurs, l’expression échec et mat empruntée au persan, au jeu d’échecs, est employée pour indiquer que le roi de l’adversaire était en position d’être pris, ce qui met fin à la partie. On est tenté de penser que c’est bien ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux dans la guerre israélo-américaine contre l’Iran.
En effet, après avoir menacé « d’anéantir la civilisation iranienne », Donald Trump fait volte-face et accepte la proposition de la médiation pakistanaise de deux semaines de cessez-le-feu. Ce retournement de situation, après une rhétorique guerrière du président américain est un échec et mat pour Trump. Au cours de ce conflit, la diplomatie iranienne a avancé comme dans un jeu d’échec. Alors qu’en face, Donald Trump a donné l’impression d’évoluer sans stratégie réelle, comptant sur sa seule stratégie d’asservissement par la force.
De fait, l’objectif de Donald Trump en déclenchant les hostilités était de faire tomber le régime des mollahs en Iran, de mettre fin au programme nucléaire de ce pays et d’affaiblir sa menace vis-à-vis d’Israël. C’est pourquoi, les premières cibles ont été les hauts dirigeants de ce pays ainsi que les infrastructures de ce pays. À l’arrivée, le régime iranien est toujours en place et l’Iran a gagné en estime et en image aux yeux du monde, notamment dans le « sud global » avec de nombreuses conséquences.
Premièrement, la retombée la plus importante pour l’Iran est qu’il a réussi à réduire l’influence des États-Unis dans le Moyen-Orient. En effet, ces pays ont subi sans ménagement les bombardements de l’Iran sans qu’ils puissent bénéficier de la protection de leur parrain stratégique que sont les USA. Il est certain que ces pays seront obligés de réexaminer leur lien stratégique avec leur allié américain.
Deuxièmement, cette résistance de l’Iran devant la 1ère puissance militaire du monde va, à coup sûr, reconfigurer les rapports entre le monde musulman sunnite auquel appartient les monarchies du Golfe et le bloc musulman chiite porté par l’Iran. Depuis la révolution islamique iranienne, ces deux entités du monde musulman ont entretenu des rapports de méfiance voire conflictuels qui ont fragilisé celui-ci. Même si leurs dirigeants ne vont pas dans le sens d’un rapprochement fusionnel, les populations ont pu se rendre compte, à travers ce conflit, que l’Iran est le véritable défenseur des Palestiniens contre la dynamique guerrière et expansionniste d’Israël dans le Moyen-Orient. Ce qui met à mal les accords d’Abraham sensés construire des rapports durables de bon voisinage entre les pays du Golf et Israël.
Troisièmement, cette guerre a montré un monde occidental longtemps vu comme un bloc se disloquer. En effet, les États européens ont tous refusé de s’engager derrière les États-Unis dans cette guerre. L’OTAN est apparue désunie avec une Europe s’éloignant de plus en plus de leur allié outre-Atlantique.
Quatrièmement, il ne faut pas perdre de vue que cette guerre est aussi une manifestation de la guerre à distance que se livrent les USA et la Chine dont l’influence ne cesse de s’étendre dans le monde menaçant ainsi la première place longtemps détenue par les américains. Durant ce conflit, la Chine et la Russie ont eu la bonne occasion de resserrer les rangs derrière l‘Iran, reconfigurant ainsi les contours d’un nouveau monde entre un Occident en perte de vitesse et un Sud-global en pleine montée en puissance…
Dr. Nurudine OYEWOLE. Communicologue, analyste politique





































































