L’audience de ce mercredi au Pôle pénal a été marquée par deux revers pour l’avocat du président de la Mutuelle des agents de la direction des affaires financières et du patrimoine (MUTADAFP), détenu depuis le 6 mai 2025. Poursuivi pour abus de confiance portant sur des numéraires et blanchiment de capitaux, son client est impliqué dans une procédure qui concerne également quatre autres prévenus, dont un aménageur foncier et sa société, poursuivis pour escroquerie portant sur des numéraires et blanchiment de capitaux.
Dans la salle d’audience, de nombreux souscripteurs à l’opération immobilière d’Akouai-Santé, à Bingerville, ont suivi les débats. Depuis 2020, ils attendent de prendre possession de leurs terrains, pour lesquels chacun a déboursé cinq millions de FCFA. Au total, près de 800 personnes auraient souscrit à cette opération, représentant environ quatre milliards de FCFA. À ce jour, aucun acquéreur n’est entré en possession de son terrain.
L’avocat du président de la MUTADAFP a sollicité la mise en liberté provisoire de son client, invoquant son état de santé. Selon lui, le prévenu souffre de problèmes oculaires nécessitant une intervention chirurgicale.
« Mon client est malade. Il doit être opéré des deux yeux. Il faut qu’il sorte de prison », a plaidé le conseil, estimant que cette mesure lui permettrait de bénéficier de soins appropriés.
Le ministère public s’est opposé à cette demande. Sa représentante a rappelé que l’affaire était en phase de jugement et que plusieurs personnes avaient perdu leurs économies dans cette opération immobilière. Elle a également indiqué que le prévenu bénéficiait d’un suivi médical au Pôle pénitentiaire d’Abidjan (PPA).
Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet et rejeté la demande de mise en liberté provisoire.
La seconde difficulté pour l’avocat concernait sa volonté de représenter à la fois le président de la mutuelle et la MUTADAFP. Pour justifier cette double représentation, il a expliqué avoir porté plainte au nom de son client lorsque les souscripteurs ont constaté qu’ils ne pouvaient pas entrer en possession de leurs terrains. Il a également affirmé avoir découvert que l’aménageur foncier se trouvait en détention au Pôle pénitentiaire d’Abidjan, alors qu’il était présenté comme étant à Dubaï.
Cette position a été contestée par les autres avocats intervenant dans la procédure. Selon eux, le conseil ne pouvait pas défendre simultanément le président poursuivi et la mutuelle dont les intérêts pouvaient être opposés aux siens.
Le parquet a émis des réserves sur cette double représentation, tout en s’en remettant à l’appréciation du tribunal.
Après une suspension de l’audience, la juridiction a déclaré recevable et fondée l’exception soulevée par les avocats opposés à cette double défense. L’avocat ne pourra donc pas représenter simultanément le président de la mutuelle et la MUTADAFP dans cette affaire.
Avant cette décision, le tribunal a entendu le président du comité ad hoc mis en place après l’arrestation du responsable de la mutuelle.
Interrogé sur l’existence d’un mandat de la MUTADAFP, celui-ci a répondu par la négative. Il a confirmé la tenue d’une assemblée générale ordinaire après le placement en détention du président, mais n’a pas été en mesure de produire les statuts de la mutuelle.
Il a expliqué que le comité avait pour missions de réaliser un audit interne, de réviser les textes et de proposer un calendrier pour de nouvelles élections. Selon ses déclarations, une assemblée générale était prévue le 24 juillet 2026 et la restitution des travaux du comité le 6 novembre 2026.
L’avocat du président détenu a contesté cette démarche, soutenant que le comité ad hoc ne pouvait pas réorienter le fonctionnement de la MUTADAFP.
Rendez-vous le 18 novembre
Malgré ces deux revers, l’avocat du président de la mutuelle a obtenu le renvoi de l’affaire. Il a sollicité ce délai pour permettre à la MUTADAFP de se faire assister par un autre conseil. Les avocats des différentes parties se sont accordés sur ce report.
L’affaire a ainsi été renvoyée au 18 novembre 2026 pour l’ouverture des débats.
Créée en 2014, la MUTADAFP a lancé plusieurs projets sociaux à partir de 2017, sous l’impulsion de son président. En 2020, une convention a été conclue avec une société immobilière pour l’acquisition de terrains nus d’une superficie totale de 52 hectares à Akouai-Santé, dans la commune de Bingerville. Le projet prévoyait l’attribution de terrains assortis d’arrêtés de concession définitive (ACD) individuels.
Chaque souscripteur devait verser cinq millions de FCFA sur une période de deux ans et demi. Près de 800 personnes, issues de différentes administrations et de la diaspora, auraient participé à l’opération, pour un montant global avoisinant quatre milliards de FCFA.
Six ans après le lancement du projet, aucun souscripteur n’a, selon les informations présentées dans le dossier, reçu son terrain. Les débats à venir devront permettre d’examiner les responsabilités des différents protagonistes dans cette affaire.






































































