La création du fonds souverain par décret signé du chef de l’État ivoirien a provoqué chez certains opposants une émotion singulière : celle de l’inventeur imaginaire découvrant qu’on aurait volé son idée.
Le drame serait touchant si lui-même avait conscience de ce qu’il en sait réellement.
Rappelons une évidence têtue : le Koweït est considéré comme le berceau du fonds souverain, créé dès 1953 pour gérer ses excédents pétroliers. L’histoire, parfois cruelle, a le mauvais goût de dater les choses avant les revendications tardives.
Cette antériorité suffit à relativiser bien des enthousiasmes de paternité.
De nombreux pays ont, depuis, adopté ce mécanisme en l’adaptant à leurs réalités économiques.
Une telle posture, teintée d’appropriation, trahit surtout les limites de compréhension des fondamentaux économiques chez ceux qui s’en attribuent indûment la paternité.
Un fonds souverain n’est pas un fantasme : c’est une vache bien nourrie, patiemment élevée, entretenue avec méthode, protégée avec rigueur et dont la production est organisée dans la durée.
Partout dans le monde, il naît dans des conditions précises : excédents ou marges budgétaires, stabilité macroéconomique, visibilité sur les recettes souvent issues des ressources naturelles, capacité d’épargne publique et solidité institutionnelle.
Sans discipline ni gouvernance, il ne reste qu’une vache réduite à la peau sur les os, à l’image d’une idée sans substance ni éclat.
La Côte d’Ivoire : des conditions désormais réunies pour mettre en place un fonds souverain
Le gouvernement ivoirien peut aujourd’hui franchir ce cap parce qu’il en a posé les fondations.
La montée en puissance des capacités productives, la diversification économique, la maîtrise des équilibres macroéconomiques et l’attractivité retrouvée du pays ont installé un climat de confiance.
Or, la confiance est une monnaie invisible mais décisive : elle sécurise les investissements et permet d’orienter l’épargne vers des projets structurants.
Le fonds souverain devient alors un outil de stabilisation face aux chocs exogènes et un levier d’industrialisation.
L’opposition et l’obsession du soupçon d’un plagiat
Le fonds souverain n’est pas une invention idéologique : c’est un instrument universel dont disposent aussi bien la Norvège, avec plus de 2 100 milliards USD, que les Émirats arabes unis, le Qatar ou encore le Nigéria.
Tous les États stratèges s’en dotent selon leurs moyens.
Le contester par principe revient à nier les fondements mêmes de la gestion moderne des économies ouvertes.
Les jumeaux de la ruine face au réel
Hier adversaires, aujourd’hui alliés de circonstance, certains acteurs politiques comme Affi Nguessan se retrouvent rattrapés par la patrouille de la réalité.
Revendiquer une idée sans jamais l’assumer, ou en parler sans en avoir ni la capacité ni la volonté de la construire, relève d’une vaine imagination.
C’est la mécanique de la « défaite gagnante » : ceux qui hurlent dans le débat de reconnaissance sans jamais comprendre que l’idée avait déjà une paternité bien avant eux.
La Côte d’Ivoire n’attend pas d’idées providentielles, mais un choix de priorité puis d’actes .
Savoir appliquer, au-delà des concepts
Les concepts économiques sont universels, mais leur efficacité tient aux conditions de leur mise en œuvre. Les États performants ne récitent pas, ils exécutent.
En Côte d’Ivoire, le fonds souverain n’est pas une annonce, mais l’aboutissement d’un processus.
C’est un signal clair. Celui d’un État qui ne se contente plus de consommer la richesse, mais qui choisit désormais de la cultiver en interne.
Dr. Kalilou Coulibaly





































































