En visite à Abidjan en marge du Salon de l’IA, de la Défense et du Spatial (SIAD), qui s’est tenu les 13 et 14 avril, au stade Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, le directeur général de Digital Campus Paris, David Prud’homme, a accordé cet entretien à l’infoexpress. il a exprimé l’ambition de son établissement de s’implanter en Côte d’Ivoire en partenariat avec l’ISM. L’ancien journaliste revient en outre sur les motivations de cette présence, la stratégie africaine de l’école et son positionnement sur les formations liées à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité et à la transformation digitale, dans un contexte ivoirien qu’il juge « très dynamique et ambitieux ».
Bonjour ! Qu’est-ce qui motive votre présence à Abidjan et quel est l’objectif de votre visite?
Je suis venu évoquer les projets de Digital Campus en Afrique. Nous étions hier et avant-hier sur le salon de l’IA, de la Défense et du Spatial, le SIAD qui se tenait à Abidjan sous la haute autorité de SA Analytics et qui a vu passer plein de ministres du gouvernement ivoirien autour d’annonces importantes sur le développement technologique dans les secteurs de la Défense, de l’IA et du Spatial. Ça m’a démontré, en tout cas, qu’il y avait un besoin très fort au niveau des écoles et des parcours d’enseignement en Côte d’Ivoire pour ces domaines-là, donc l’IA, la cybersécurité et l’espace. On a regardé, on a vu qu’il y avait beaucoup d’écoles déjà présentes.Il y a une université très active, très en pointe, avec beaucoup de formations autour de la data. Il y a également une université virtuelle également très présente dans ces domaines-là. Donc il y a un engagement très fort de la part de toute la communauté ivoirienne dans ce domaine-là et je suis très impressionné, donc je me sens très modeste par rapport à ça.
Digital Campus est une école qui a été créée il y a 30 ans. Elle est au service de la transformation digitale des entreprises, des organisations et elle accompagne depuis 30 ans l’évolution des technologies pour que les entreprises puissent se doter des meilleures compétences dont elles ont besoin au moment où les transformations s’opèrent. Qu’est-ce qu’on a eu comme transformation ? On a eu la transformation Internet il y a 30 ans, on a eu le web 2.0 et aujourd’hui on aborde les IA qui transforment à nouveau les sociétés, les organisations et les entreprises, qui les transforment à plein de niveaux dans leur approche, dans leur modèle d’affaires et qui les transforment aussi dans les métiers, le travail qu’on doit opérer dans ces entreprises. Et une école qui est installée depuis 30 ans dans le domaine se doit d’accompagner ces changements, d’intégrer les nouveautés au fur et à mesure qu’elles arrivent.
Avant de vous parler un peu de l’IA et de ce qu’on fait déjà et de ce qu’on compte faire dans l’avenir, je voulais vous dire aussi qu’il y a plus d’une dizaine d’années Digital Campus était ouvert avec l’ISM à Dakar, donc c’est pour nous un partenaire évident dans la continuité de ce qu’on souhaite faire en Afrique francophone et donc on ira, si jamais on vient à Abidjan, on ira avec notre partenaire naturel qui est l’ISM et avec lequel on souhaite continuer à travailler dans ce domaine. Donc la prochaine fois qu’on se voit, c’est aux côtés de l’ISM pour annoncer une ouverture détaillée et précise d’un campus ou d’un partenariat pour un campus à Abidjan, typiquement avec l’ISA ou l’ISM, on verra comment les choses se font.
Vous évoquez une implantation en Afrique. Quel rôle la Côte d’Ivoire joue-t-elle dans votre stratégie ?
Notre ambition c’est de former les gens ici, c’est l’ambition première. La seconde c’est effectivement de leur permettre aussi de venir s’améliorer dans des domaines plus pointus ou plus spécifiques quand c’est possible, quand c’est nécessaire. En région parisienne nous sommes présents, nous sommes également présents à Toulouse, nous sommes présents à Rennes, à Bordeaux, dans neuf villes en France en tout, dans des métiers qui précisément sont ceux de la transformation des process de production des entreprises. Donc tout ce qui est process automation ou business process automation, ce qu’on appelle BPA, qui permet de simplifier, d’augmenter la productivité des entreprises pour leur permettre d’améliorer leur production, d’abaisser leur production, d’augmenter leur production, etc. Tout ce qui relève de la productivité, qui est le point clé. Mais j’observe, et c’est l’enseignement principal de notre visite avec mon collègue El Hadj Sy, c’est que, en fait, les process de production peuvent être réinventés à n’importe quel moment, à n’importe quel stade, et que les grandes entreprises doivent se repenser. Les petites organisations peuvent gagner des points, gagner des places, accélérer plus vite, et encore une fois, les IA, comme les technologies de l’information par le passé, sont une capacité d’une nouvelle donne, d’une nouvelle chance pour les acteurs qui rentrent sur les marchés. Et c’est typiquement ce que j’ai entendu au SIAD ces derniers temps, c’est-à-dire que ce n’est pas important de savoir d’où on part, ce qui est important, c’est de savoir où on va. Et de ce que j’entends, en tout cas, il y a des choses qui sont extrêmement précises dans la tête des dirigeants de ce pays, et j’imagine aussi des dirigeants des organisations privées du pays, savoir où on veut aller. Et si on sait où on veut aller, les outils comme l’IA sont des outils d’accélération exceptionnels, évidemment à condition, et c’était un des points aussi du salon, de maîtriser son infrastructure, de maîtriser sa data, de maîtriser avec des ingénieurs la capacité de traiter cette data, et de la garder sienne, de la garder souveraine. La question de la souveraineté est en centrale là-dedans. Voilà en préambule ce que je voulais vous dire pour situer les choses.
Pourquoi choisir d’investir dans la formation en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire ?
L’approche du Digital Campus, c’est de rendre accessibles toutes ces formations. Notre approche sur l’IA, par exemple, c’est d’être accessible à tous les publics, donc de rendre l’IA utile pour les salariés et les entreprises. Utile, ça veut dire qu’elle doit avoir un impact pratique, direct, immédiatement observable. Ce souci d’accessibilité et d’impact, en fait, on essaie de l’adapter ensuite à tous les terrains, tous les espaces, toutes les communautés, etc., en respectant les principes que je vous ai donnés, c’est-à-dire la souveraineté. Il faut être en maîtrise des technologies, savoir pourquoi on choisit telle ou telle LLM, telle ou telle plateforme pour stocker ces données, telle ou telle cloud API, etc. Il faut aussi être en maîtrise de sa culture. Et ça, c’est ce que je vous disais tout à l’heure. Quelles sont les finalités qui sont visées dans cette démarche-là ? Qu’est-ce que vous, ou qu’est-ce que l’utilisateur, le chef de projet, le dirigeant d’entreprise, etc., souhaitent avoir comme résultat ? C’est très souvent le fait de sa culture, de son environnement, de son contexte. Ça fait partie de la portabilité de nos formations. On travaille là-dessus pour les rendre accessibles. Nos formations sont digitalisées. Les cours sont extrêmement bien scriptés et décrits, de façon à être transposable dans une culture ou un contexte donné. Cette agilité est très importante. Et le dernier point, qui est très important aussi, il y a trois points, la souveraineté, le contexte culturel, cette indépendance aussi là. Et le troisième point, c’est l’environnement, la dimension environnementale au sens classique, mais aussi environnement au sens social, de tenir compte des besoins et des risques pour les populations. Donc nous, on pense qu’on a une chance sur le marché ivoirien parce qu’on est adaptable, sizeable, on peut se caler au niveau des besoins du marché, trouver la bonne formule en termes de prix, d’accompagnement, etc.
Envisagez-vous d’autres pays en Afrique en dehors de la Côte d’Ivoire ?
Alors la Côte d’Ivoire, c’est centrale. Donc c’est ici que ça se passe, et je comprends que beaucoup d’étudiants du reste de la corne, de l’Ouest africain, venaient ici en Côte d’Ivoire pour se former. Et donc ça, c’est déjà un lieu très important. On est déjà présent au Sénégal. On a 200 étudiants, je pense, LISM, sur des parcours de bachelors et de masters dans le domaine de la chefferie de projets digitales, dans le domaine de la cybersécurité, de l’UX design. Ça se passe très bien. Je pense qu’on peut répliquer le modèle ici. On n’a pas d’autre vue à part la Côte d’Ivoire dans l’immédiat. Je pense que c’est la base centrale pour partir peut-être un peu plus loin, mais on peut déjà commencer par des choses étape par étape.
Quels types de diplômes seront délivrés et seront-ils reconnus ?
Ils seront automatiquement reconnus par l’État ivoirien, car on ne fera rien sans l’État ivoirien. Donc ça, c’est une question d’agrément, et il faut absolument rentrer dans cette logique-là. Et ensuite, on va probablement proposer, il faut d’abord qu’on discute avec l’ISM, qui sera notre partenaire, des doubles diplômes avec la reconnaissance des diplômes en France. Nos diplômes sont RNCP, donc ils sont enregistrés au répertoire national de la certification professionnelle. C’est très important pour nous qu’ils soient professionnalisants et qu’ils mettent les élèves directement en contact avec des projets concrets dans les entreprises, en plus de la dimension académique, de façon, et ça avait été dit hier d’ailleurs dans les tables rondes au SIAD, de façon à ce que les élèves connaissent le terrain tout de suite. Et en fait, dans ces technologies-là, la partie théorique est presque moins importante que la partie pratique.Il faut faire pour comprendre ce que ça fait et comment ça fonctionne. Donc on va garder cette dimension RNCP, c’est-à-dire certification professionnelle.
Peut-on connaître une estimation du coût des formations ?
C’est une bonne question. Pour l’instant, dans l’analyse de prix qu’on a pu faire, je pense qu’on va essayer d’être en dessous de 2 millions FCFA.
Quelle sera la durée des formations et quel est le profil des apprenants ciblés ?
On a coutume de se définir comme une école de makers, de gens qui font des choses. Donc le premier critère pour nous, c’est la volonté d’être actif, d’être acteur de son territoire. C’est le premier critère, c’est vouloir changer les choses. Pourquoi ? Parce que c’est le driver, le driver, le vecteur principal, en fait, de l’apprentissage. De se dire, je vais essayer ça, ça fonctionne, ça ne fonctionne pas, je change, etc., et d’avancer pas à pas, à mesure qu’on réussit à faire des choses. Plus on réussit à faire des choses, plus on prend confiance, plus on se sent en capacité d’apprendre de nouvelles choses, etc. Notre moteur d’apprentissage, c’est ça, c’est le faire. D’où l’apprentissage par le faire, learning by doing, la position de maker. Ce qui veut dire qu’on est très ouvert. Il ne faut pas être scientifique ou littéraire pour entrer dans notre école. Il y a des scientifiques, il y a des littéraires, il y a toutes sortes de profils. Et l’idée, par le prix, et l’idée aussi par la plateformisation, c’est-à-dire la mise à disposition de contenus en digital, est de rendre accessibles ces formations à des publics qui sont potentiellement éloignés de ce genre de formation supérieure. Donc d’avoir plutôt une volonté d’ouverture assez forte.Et ensuite, avec notre partenaire l’ISM, quand on aura calé ce genre de détails, il y a effectivement des masters qui sont offerts et proposés pour aller dans les domaines d’expertise qui sont aujourd’hui le niveau requis en Côte d’Ivoire puisque les projets sont déjà très avancés. Donc il y a besoin d’ingénieurs en data ou de gens capables de traiter des problématiques complexes.
Quelle forme prendra l’enseignement (présentiel, en ligne ou mixte) ?
Probablement mixte. Je pense que c’est ça l’avenir ici.
Quel regard portez-vous sur le salon SIAD et l’écosystème technologique ivoirien ?
Je n’étais jamais venu en Côte d’Ivoire, donc c’est une double découverte pour moi. Une énergie très impressionnante. Des ministres très cash, très engagés. Vraiment une parole concrète. Une industrie que je trouve relativement active et structurée. Donc on a bien vu, il y a une agence pour la sécurité des systèmes de formation, l’ANSI. Il y a des militaires qui étaient présents et qui représentaient chacun leur corps d’arme. On sent que la Côte d’Ivoire veut absolument se doter d’outils pour son indépendance stratégique à court terme. Avec une volonté de mettre un satellite dans l’espace l’année prochaine. C’est très ambitieux. Même si c’est un nano-satellite, c’est impressionnant. Donc d’enclencher des choses qui auront un impact d’abord très mesuré. Comme l’a très bien dit le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, c’est petit à petit, impact après impact, pas après pas, que la Côte d’Ivoire va se doter des outils pour mieux calculer les risques sur l’agriculture, sur les inondations, etc. Enfin tout ce que les satellites peuvent apporter. Et donc voilà, une volonté d’y aller, une énergie vraiment impressionnante qui fait beaucoup de bien à voir. Je peux vous assurer que c’est très plaisant et ça revigore, ça donne de l’énergie pour soi. Donc moi, très impressionné. Voilà. Merci à vous.
Fulbert Yao




































































