La première édition de la Nuit des contes, organisée le samedi 3 octobre 2026 à l’auditorium de l’institution universitaire a tenu toutes ses promesses.
Le temps fort a été la compétition de contes ayant mis aux prises cinq villages constitués d’étudiants : Walédou, Gohitafla, Zoumafla, Badioka et Monguih, évalués sur plusieurs aspects de la performance scénique.
Des distinctions individuelles ont à terme récompensé notamment le meilleur agent rythmique, le meilleur costume, la meilleure mise en scène et le meilleur conteur.
Le premier prix, décerné en hommage au professeur Bernard Zadi Zaourou, a été remporté par le village de Monguih, devant Zoumafla et Badioka.
Organisée sous la présidence du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et le parrainage de la ministre de la Culture et de la Francophonie, cette prmiière edition avait pour thème : « Contribution du conte oral au développement durable par la préservation de la cohésion sociale et de la biodiversité en Côte d’Ivoire ».

Elle a réuni responsables universitaires, enseignants-chercheurs, plusieurs personnalités, parmi lesquelles la ministre Angèle Gnonsoa et Eugène Zadi, frère cadet du professeur Bernard Zadi Zaourou, étudiants, artistes et acteurs culturels autour de la tradition orale, dans une ambiance rythmée par les contes, les chants et les récits traditionnels.
Au-delà du spectacle, cette première Nuit du conte pose ainsi la question de la place de la tradition orale dans une société confrontée à la transformation des modes de transmission.
La compétition était placée sous le signe de la valorisation du patrimoine oral et de la transmission des valeurs.
Représentant le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Professeur DION Yodé Simplice a insisté sur la portée symbolique de cette rencontre entre l’Université et la tradition orale. « Ce soir, puisqu’il s’agit de la Nuit du conte, l’université vient s’asseoir au cercle des conteurs », a-t-il déclaré.
Pour lui, la nuit constitue, dans de nombreuses traditions africaines, un moment privilégié de parole, d’écoute et de transmission. Il a salué l’engagement des initiateurs, de la Société Africaine des Cultures et des Sciences (SACS) et de l’Unité pédagogique de littérature orale de l’UFHB, tout en rendant hommage au professeur Bernard ZADI ZAOUROU, figure majeure de la littérature et de la culture ivoiriennes.
Le représentant du ministre a également établi un lien étroit entre les récits traditionnels et la protection de l’environnement. Dans les contes, a-t-il relevé, les animaux, les arbres, les cours d’eau et les autres éléments de la nature occupent une place essentielle. « Quand la forêt tombe, ce ne sont pas seulement des arbres qui disparaissent, ce sont les personnages de nos contes qui perdent leur maison », a-t-il souligné.
Cette approche, a-t-il expliqué, invite à repenser la protection de la biodiversité à travers la transmission des valeurs et des récits qui donnent du sens au rapport entre l’homme et son environnement. Il a ainsi plaidé pour un dialogue plus étroit entre les sciences de la nature et les humanités, tout en invitant les étudiants à devenir de véritables passeurs de mémoire.

Au nom du président de l’UFHB, Professeur BALLO Zié, Professeur Alain ABOA, directeur de la Scolarité centrale, a salué une initiative qui remet la tradition orale au cœur de la réflexion universitaire. « Vous avez choisi de remettre le conte au cœur de la réflexion, de la transmission et du dialogue. Et vous avez eu raison », a-t-il déclaré.
À ses yeux, le conte ne se limite pas à un simple divertissement. Il conserve la mémoire collective, véhicule les valeurs d’une société et transmet une manière particulière de comprendre les rapports humains.
Dans un monde marqué par de profondes mutations, la réappropriation de cet héritage ne saurait être assimilée à un retour nostalgique vers le passé. Elle constitue plutôt, selon lui, une occasion d’interroger la contribution des traditions à la construction de la société contemporaine.
L’Université apparaît ainsi comme un espace privilégié pour questionner l’histoire, les pratiques, les représentations et les valeurs de la société. Dans cette perspective, le conte peut devenir un véritable objet de recherche et un trait d’union entre plusieurs disciplines. « Le conte n’est pas seulement un récit que l’on raconte aux enfants, il est aussi une matière pour une société de se raconter elle-même », a-t-il affirmé.
President de la SACS et initiateur de la Nuit du conte, Professeur TOUOUI BI Irié Ernest, Spécialiste des civilisations africaines et de littérature orale, a défendu la pertinence de l’oralité dans l’univers contemporain.
À l’ère du numérique, des réseaux sociaux et de l’information en continu, certains pourraient considérer le conte comme une pratique appartenant au passé. Une perception que l’universitaire rejette catégoriquement. « À l’ère du numérique, des réseaux sociaux, de la vitesse, de l’info en continu et du tout commercial, certains pourraient naïvement penser que le conte appartient au passé. Quelle erreur ! », a-t-il lancé.
Pour lui, le conte demeure une école de vie, un réservoir de valeurs, d’éthique et de philosophie. La compétition organisée dans le cadre de cette première édition vise précisément à faire passer les étudiants de la théorie à la pratique et à valoriser leurs capacités de transmission.
L’ambition est également de faire de l’oralité un levier de développement et du patrimoine oral un vecteur du rayonnement culturel africain.
Sur la question environnementale, Professeur TOUOUI BI Bi a rappelé que la préservation de la biodiversité constitue une responsabilité collective. Les récits traditionnels, a-t-il expliqué, témoignent de l’interdépendance entre l’être humain et son environnement.
Il ne s’agit toutefois pas, selon lui, d’opposer tradition et science. « Il ne s’agit pas de demander au conte de remplacer la science. Il s’agit plutôt de reconnaître que la science peut dialoguer avec d’autres formes de savoir et que les humanités ont, elles aussi, une contribution à apporter à la construction du monde durable », a-t-il expliqué.
Fulbert Yao avec Sercom







































































