Le malaise est profond au sein de l’opposition ivoirienne. Alors que le Ppa-CI, l’Adci, la Cap-CI, le Cojep et des organisations de la société civile, réunis autour de l’initiative du Haut conseil pour les élections, ont déposé, le lundi 5 octobre 2026, une proposition commune au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci-Rda) a choisi de faire cavalier seul, en présentant son propre document. Au-delà de la différence de méthode, ces deux ne constituent pas un simple désaccord de circonstance. Ils traduisent le prolongement de divergences politiques accumulées au fil des derniers mois. Le principal point de rupture reste la manière dont les différentes formations ont abordé les élections législatives du 27 décembre 2025. Le Pdci-Rda avait choisi de participer au scrutin. Le Ppa-CI de Laurent Gbagbo, lui, avait appelé au boycott. Cette divergence de stratégie a considérablement fragilisé la dynamique unitaire qui avait commencé à se dessiner entre les deux formations. Le Pdci s’est ainsi retrouvé à mener campagne dans plusieurs circonscriptions sans l’appui du Ppa-CI, ni des autres formations de l’opposition, alors que les deux partis avaient pourtant démontré leur capacité à unir leurs forces lors des élections locales de 2023. Les deux formations avaient alors remporté ensemble 34 communes et quatre régions. Une performance qui avait nourri l’espoir de voir se construire une alliance durable entre les deux principaux partis issus des familles politiques houphouëtiste et socialiste.
Autre fait majeur de division, la dernière actualité sur les élections locales à Yopougon. Le Ppa-CI a accusé Dia Houphouët d’avoir trahi l’esprit du « Front commun » en participant aux législatives de décembre 2025, alors que le parti de Laurent Gbagbo avait fait le choix du boycott. La polémique s’est notamment développée autour de la candidature de Michel Gbagbo à Yopougon et des conditions dans lesquelles les différentes forces politiques ont abordé le scrutin. Dans ce contexte, des accusations ont circulé selon lesquelles Dia Houphouët aurait reçu près de 800 millions de francs CFA d’Adama Bictogo, alors candidat du RHDP à Yopougon, afin de contribuer à légitimer sa victoire. Cette accusation, particulièrement grave, s’inscrivait dans une bataille politique marquée par de fortes tensions entre les différentes composantes de l’opposition. Elle a été au cœur de la polémique autour de la position de Dia Houphouët et de son rapport au « Front commun ». Le Ppa-CI lui reprochait également d’avoir présenté comme un engagement ferme du « Front commun » ce qui, selon lui, n’aurait été qu’une proposition de participation commune aux législatives. Le parti de Laurent Gbagbo a, pour sa part, soutenu que sa décision de ne pas participer au scrutin avait été prise souverainement par son Comité central. Dès lors, selon cette lecture, le choix du boycott ne pouvait être considéré comme une rupture d’un engagement collectif. Le Ppa-CI a également tenu à prendre ses distances avec les déclarations de Dia Houphouët, en rappelant que celui-ci n’était ni président ni porte-parole du Pdci-Rda et que ses prises de position ne sauraient donc engager la direction du parti. Cette séquence a laissé énormément des traces dans les relations entre les différentes forces de l’opposition.
Le malaise entre les partis de l’opposition s’explique aussi par une question politique beaucoup plus sensible : qui peut et doit porter l’alternance ? Le PDCI entend naturellement jouer un rôle majeur dans cette perspective, compte tenu de son poids historique, de son implantation et de sa représentation parlementaire.
Le PPA-CI considère de son côté que Laurent Gbagbo demeure une figure politique incontournable et dispose d’une base militante importante. Simone Gbagbo, à travers le MGC, entend également défendre sa propre vision de l’alternance. Le FPI d’Affi N’Guessan et les autres formations de l’opposition ne souhaitent pas davantage être réduits à un rôle d’appoint. Dès lors, les divergences sur les stratégies électorales ou institutionnelles apparaissent aussi comme les manifestations d’une compétition plus profonde pour le leadership de l’opposition. C’est dans ce contexte qu’intervient la réforme du futur organe électoral. L’opposition avait pourtant l’occasion de transformer cette question en un puissant levier de négociation avec le pouvoir. Une proposition commune réunissant le PDCI, le PPA-CI, le FPI, le MGC et les autres forces aurait donné davantage de poids à ses revendications. Mais une nouvelle fois, les différentes composantes avancent en ordre dispersé.
Une division qui pourrait peser lourd
Cette division risque d’avoir des conséquences regrettables sur le terrain institutionnel pour cette opposition. Le Pdci est en effet le seul parti de l’opposition à disposer d’un groupe parlementaire significatif à l’Assemblée nationale pour défendre des textes de loi. Telle que les choses sont parties, il n’est point évident que de nouvelles rencontres avec tout l’ensemble de l’opposition puissent se tenir pour fusionner la proposition du Pdci avec celle du reste de l’opposition. Il faut donc s’attendre à voir le Pdci défendre sa propre ligne dans l’hémicycle, tandis que le bloc des partis extra-parlementaires porteurs de la proposition unifiée déposée par Pascal Affi N’Guessan ne dispose d’aucun député pour faire entendre sa voix lors des débats parlementaires. Au-delà de ce qui transparait comme des querelles d’appareils, une lecture plus stratégique émerge. A travers ce choix d’isolement, le Pdci ne cherche-t-il pas à se distinguer nettement du bloc d’en face ? Tout semblait pourtant bien parti par les rencontres initiées par Simone Gbagbo avec la direction du Pdci. Une interrogation centrale demeure. A quel jeu joue réellement le Pdci de Tidjane Thiam ? Pourquoi le parti doyen n’arrive-t-il pas à faire fusion avec l’ensemble de l’opposition pour continuer à mener le combat commun en faveur de conditions électorales équitables ? Le porte-parole du Pdci sera face à la presse. Une tribune qui sera capitale pour éclairer l’opinion sur les tenants et aboutissants de cette ligne stratégique. L’honorable Brédoumy Soumaïla saura-t-il dissiper l’impression d’une opposition fragilisée ? Justifiera-t-il ce démarquage vis-à-vis du bloc socialiste ? Laissera-t-il entrevoir la possibilité d’un rattrapage de dernière minute pour harmoniser le texte du Pdci avec celui déposé par Pascal Affi N’Guessan et ses alliés ? Des questions à plusieurs réponses que plusieurs observateurs s’y attendent.
G.K.






































































