L’argent a fini par gater l’amour. Ce jeudi 22 octobre 2026, Pôle pénal, économique et financier (PPEF). a examiné une affaire de relation sentimentale qui s’est transformée en litige financier.
En effet, à la barre, l’histoire d’un homme d’affaires prospère. Il aurait rencontré la prévenue en 2025 dans une station de lavage-auto à Yopougon. Agent d’une societe de la place, en instance de divorce et mère de six enfants, la dame exerce également dans l’import-export, selon les éléments présentés à l’audience.
La prévenue a elle-même évoqué le début de leur relation. « Je l’ai rencontrée en 2025. Il a demandé que nous soyons ensemble. À la fin du mois de janvier, nous avons eu des rapports sexuels, chez lui, à Bouaflé. Après notre lune de miel, il était tellement satisfait qu’il m’a demandé comment il pouvait m’aider », a-t-elle déclaré.
Alors qu’elle s’apprêtait à donner davantage de détails sur leur intimité, la présidente du tribunal l’a interrompue : « Nous sommes au pénal, ici. »
Selon le récit du plaignant, la relation sentimentale a progressivement pris une tournure financière. Il affirme que la dame lui avait expliqué qu’elle aidait des commerçants en difficulté. Le 10 mars 2025, elle lui aurait parlé d’un partenaire ayant besoin de 30 millions FCFA.
« Je lui donne les fonds, moyennant un bénéfice de 20 %. Chaque mois, elle doit me rembourser six millions FCFA et le dernier mois, elle doit me rembourser mon capital », a-t-il expliqué.
Le parquet a alors cherché à comprendre les modalités de l’opération. « Est-ce un prêt avec intérêt ? », a demandé le représentant du ministère public. Le plaignant a répondu qu’il remettait l’argent à la prévenue, qui devait le lui restituer avec un intérêt de 20 %.
Mais, selon lui, le remboursement du premier montant n’était pas achevé lorsque la dame a sollicité 15 millions FCFA supplémentaires pour soutenir des commerçants en difficulté.
Puis, après l’incendie qui a ravagé le marché « Petit-Lomé » d’Adjamé, elle lui aurait présenté une liste de neuf commerçantes ayant besoin d’aide, pour un montant total de 105 millions FCFA.
L’homme d’affaires affirme avoir accepté de financer ces opérations, convaincu par les assurances de son amante. « J’ai été mis en confiance. Elle m’avait remis, au bout de deux semaines, 17 millions FCFA sur les 15 millions FCFA que j’avais donnés », a-t-il déclaré à la barre.
Pour le rassurer davantage, la prévenue aurait également promis de mettre à sa disposition sa voiture, deux autres véhicules et un terrain de 3 000 mètres carrés situé à Yamoussoukro en cas de difficultés.
Au total, entre mars et juin 2025, le plaignant affirme lui avoir remis 255 millions FCFA. Il dit avoir compris qu’il avait été victime d’une supercherie lorsque les remboursements ont cessé.
« Je me suis rendu compte de la supercherie quand elle ne payait plus », a-t-il confié au tribunal.
À la barre, la dame a présenté une version différente des faits. Elle affirme que leur relation s’est détériorée lorsque son compagnon aurait commencé à lui faire des demandes qu’elle jugeait inacceptables, notamment celle d’avoir des rapports sexuels avec une de ses camarades.
« C’est ainsi que j’ai commencé à m’éloigner de lui », a-t-elle expliqué.
Elle soutient que l’homme d’affaires lui mettait ensuite la pression pour obtenir le remboursement des sommes prêtées. Selon elle, il évoquait notamment les prochaines élections et son intention de se présenter dans sa localité pour justifier son besoin de récupérer rapidement son argent.
La prévenue affirme lui avoir remis un chèque de 30 millions FCFA, tout en l’avertissant que son compte n’était pas suffisamment approvisionné. « Il m’a dit qu’il n’avait pas déposé le chèque », a-t-elle rapporté.
Elle a également nié aider des commerçants en difficulté. « Je ne connais pas et je n’aide pas les commerçants en difficulté », a-t-elle soutenu.
La dame affirme néanmoins avoir commencé à rembourser les fonds reçus et dit avoir déjà versé 40 millions FCFA lorsqu’elle a été arrêtée et placée sous mandat de dépôt.
Au cours des réquisitions, l’avocat de la partie civile a demandé au tribunal de déclarer la prévenue coupable d’escroquerie et de blanchiment de capitaux. Il a également sollicité sa condamnation au paiement de 255 millions FCFA au profit de son client, solidairement avec sa société.
Le ministère public a, pour sa part, estimé que les manœuvres frauduleuses étaient établies. Selon le parquet, la prévenue a sollicité le plaignant pour financer des commerçants et tenté de le convaincre de la nécessité d’aider les personnes figurant sur la liste qu’elle lui avait remise.
Le représentant du ministère public a également considéré que les faits de blanchiment de capitaux étaient constitués. Il a requis cinq ans d’emprisonnement ferme et une amende de 750 millions FCFA.
La défense a vivement contesté cette analyse. L’avocat de la prévenue a demandé au ministère public de faire arrêter immédiatement le plaignant, estimant qu’il devait justifier l’origine des fonds remis en espèces à sa cliente.
Il a plaidé la relaxe de sa cliente et sollicité la condamnation de la partie civile au paiement de 100 millions FCFA de dommages et intérêts pour atteinte à sa réputation.
Fulbert Yao






































































