Le vendredi 23 mai 2026, comme un pétard dont on s’attendait depuis longtemps à la détonation, un communiqué de la présidence de la République du Sénégal est venu mettre fin à la fonction de premier qu’occupait Ousmane Sanko.
Ce duo Faye-Sonko qui a fait rêver la jeunesse sénégalaise et africaine a fini par se transformer en un duel au sommet de l’État sénégalais, confirmant l’adage qui dit qu’il n’y a pas deux capitaines dans un bateau.
De fait, de deux choses, soit Ousmane Sanko démissionnait, soit il était démis. Comme le premier ministre ne voulait pas franchir le pas, c’est le deuxième scénario qui a fini par se produire. Quand on voit le communiqué qu’il a pondu et le bain de foule qu’il s’est donné devant son domicile avec ses partisans venus lui témoigner leur attachement, juste après son limogeage, on peut affirmer qu’il a eu ce qu’il souhaitait.
Pousser Diomaye à la faute et apparaitre comme un martyre trahi par un compagnon de lutte.
Au-delà de cette première impression qui relève de l’aspect émotionnel, cette séquence illustre aussi parfaitement la nature des deux personnages à la tête de l’exécutif sénégalais. Dioamye Faye est un animal politique froid, attentiste, calculateur qui veut incarner l’image d’un personnage sage et mûr, qui sait assumer ses responsabilités et qui veut rassurer à son poste. À contrario, Ousmane Sonko s’affiche comme une figure politique extraverti, populiste qui va au contact et au combat et qui veut exercer sans complexe le pouvoir d’État.Par ailleurs, cette fracture entre ces deux hommes politiques auparavant « inconditionnels et frères » laisse comprendre que la gestion du pouvoir d’État est loin d’être une affaire d’amitié et d’accointance. C’est pourquoi, l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo affirmait dans une formule caricaturale que le poste de président est un fauteuil et non un banc. Partant de ce postulat, on comprend bien que les deux ex-alliés sénégalais ont commis une faute stratégique de départ. En effet, si tant est qu’ils voulaient un équilibre à la tête de l’exécutif, ils devraient parvenir à un accord politique pour qu’Ousmane Sonko ne soit pas premier ministre, mais plutôt président du Pastef et président de l’assemblée nationale.
Parce qu’il faut le reconnaitre, quand les deux marchaient côte-à-côte sur le tapis rouge, les émotions qu’ils dégageaient montraient un Ousmane Sonko faisant l’effort de ne pas marcher plus vite que le président de la République, avec des gestuelles trop remarquables, comme si c’était lui le chef. C’est pourquoi, il était salutaire et primordial qu’il s’éloignât du palais présidentiel en détenant l’autre pan du pouvoir exécutif qu’est l’assemblée nationale.
Ce qui lui aurait permis de ne pas gêner le président. Après tout, un premier ministre est nommé par le président de la république et est par conséquent sous les ordres de celui-ci afin de mettre en œuvre sa politique. Or, visiblement ici, Ousmane Sonko ne pouvait pas être sous les ordres de son compagnon, qu’il considère apparemment comme un président par défaut, qui devait lui être redevable.
Ce qui est fait est fait. Maintenant, au lieu d’assister à la capacité et l’intelligence d’un duo à mettre en œuvre un programme qui a suscité tant d’espoir pour les Sénégalais, notamment sa jeunesse et voire au-delà, on est malheureusement en train de vivre un duel à mort comme dans un film western.
Dans tous les cas, la plus grande responsabilité incombe au président Diomaye Faye qui doit nommer une équipe expérimentée et efficace pour obtenir des résultats palpables qui constitueront ses atouts redoutables aux prochaines élections présidentielles de 2029.
Cela, face à l’animal politique qu’est Ousmane Sonko qui est dans la posture qu’il affectionne, celle d’un opposant martyrisé. Attendons pour voir le dénouement de ce duel.
Dr. Nurudine OYEWOLE Communicologue, analyste politique et expert en coopération transfrontalière





































































