L’intelligence artificielle s’impose comme l’un des grands enjeux de souveraineté des prochaines années. En Côte d’Ivoire, le sénateur Kehi Edouard Djouha entend contribuer à l’élaboration d’un cadre juridique permettant au pays de mieux encadrer cette révolution technologique et surtout d’en tirer davantage de bénéfices.
Fort de son expérience à la tête de la Commission Sécurité et Défense du Sénat, le parlementaire prépare une initiative législative consacrée à l’intelligence artificielle. Son ambition : anticiper les profondes mutations que cette technologie entraîne déjà dans les économies, les systèmes éducatifs, les démocraties et les secteurs énergétiques.
Pour le sénateur, la question de l’IA dépasse largement le domaine technologique. Elle touche directement à la souveraineté des États et à la répartition des richesses créées par ces nouvelles technologies. Il estime notamment que les systèmes d’intelligence artificielle se sont développés à partir d’un immense patrimoine collectif composé de livres, d’articles scientifiques, de codes informatiques, d’œuvres artistiques et de contenus produits par les sociétés à travers le monde.
Dans cette perspective, Kehi Edouard Djouha estime que les pays africains doivent éviter de devenir de simples consommateurs de technologies conçues ailleurs. Il plaide ainsi pour un modèle permettant au continent de participer à la création de valeur et de préserver ses intérêts stratégiques.
Autre volet de sa réflexion : les infrastructures nécessaires au fonctionnement de l’IA, notamment les centres de données. Ces installations, particulièrement consommatrices d’énergie et d’eau, constituent désormais un enjeu industriel et géopolitique majeur.
Le sénateur considère que leur implantation en Côte d’Ivoire doit faire l’objet d’une planification rigoureuse afin d’éviter que les populations et les collectivités ne supportent l’essentiel des coûts environnementaux et énergétiques, tandis que les bénéfices seraient captés par des entreprises internationales.
Mais il voit également dans ces infrastructures une opportunité pour accélérer l’industrialisation du pays. L’arrivée de data centers pourrait, selon lui, favoriser les investissements dans les infrastructures énergétiques, notamment dans les énergies solaire et hydraulique, créer des emplois qualifiés et stimuler les investissements directs étrangers.
Pour concilier attractivité économique, redistribution et souveraineté, Kehi Edouard Djouha propose la création d’un Fonds souverain pour l’intelligence artificielle (FSIA).
Le mécanisme envisagé reposerait sur trois principaux axes.
Le premier concerne le financement et l’équité patrimoniale. Le sénateur propose un prélèvement exceptionnel de 40 % sur les actions des entreprises exploitant des infrastructures d’IA sur le territoire ivoirien. L’objectif serait notamment de permettre aux collectivités accueillant ces infrastructures et contribuant à leur fonctionnement de bénéficier directement des retombées économiques.
Le deuxième axe porte sur la gouvernance et la sécurité nationale. La proposition prévoit un conseil d’administration paritaire, avec notamment un droit de veto stratégique pour l’État. Celui-ci permettrait, selon le projet, de protéger les ressources considérées comme stratégiques, notamment l’eau et l’énergie, et de veiller à ce que les choix technologiques restent conformes à l’intérêt national.
Enfin, le troisième pilier concerne la redistribution. Les ressources du fonds pourraient servir au financement de secteurs prioritaires tels que la santé, l’éducation et le logement, mais également au renforcement des capacités scientifiques et énergétiques du pays.
Pour défendre cette approche, le sénateur cite plusieurs expériences étrangères de mécanismes de redistribution de ressources stratégiques. Il fait notamment référence au fonds souverain norvégien, constitué à partir des revenus pétroliers, ainsi qu’au Fonds permanent de l’Alaska, qui permet une redistribution d’une partie des revenus de ses ressources naturelles aux citoyens.
À travers cette initiative, Kehi Edouard Djouha entend donc ouvrir le débat sur la manière dont la Côte d’Ivoire doit se positionner face à la révolution de l’intelligence artificielle.
Pour lui, l’enjeu est désormais de ne pas laisser l’avenir technologique du pays se décider uniquement au sein des grandes entreprises privées. Il plaide pour une implication accrue de l’État, du Parlement, des chercheurs et des citoyens afin de bâtir un cadre qui permette à la Côte d’Ivoire de tirer profit de l’IA tout en protégeant ses intérêts stratégiques.
La future initiative législative devrait ainsi alimenter le débat national sur la souveraineté numérique, la redistribution des richesses issues de l’IA et les conditions d’implantation des infrastructures technologiques en Côte d’Ivoire.





































































