Laurent Gbagbo peut-il convaincre à nouveau les Ivoiriens avec un nouveau projet politique ? La question mérite d’être posée au regard des promesses formulées lors de son accession au pouvoir en 2000 et du bilan controversé de ses dix années de gouvernance. Le président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (Ppa-CI) a présenté, le 2 juillet 2026, son « Pacte social », qu’il entend inscrire au cœur d’une nouvelle vision politique. Selon les explications données lors de cette présentation, cette initiative vise notamment à placer les préoccupations sociales au centre de l’action publique, à lutter contre les inégalités, à favoriser l’insertion des jeunes et à améliorer l’accès des populations aux services essentiels. Lors de cette présentation, l’ancien chef de l’État a notamment expliqué que son rôle, à cette étape de sa vie, n’était plus de préparer son propre avenir politique, mais d’aider la Côte d’Ivoire à bâtir le sien. Une déclaration qui invite toutefois à s’interroger sur la portée d’un tel engagement au regard des promesses formulées par le passé. Le « Pacte social » s’articule autour de plusieurs grandes préoccupations : le pouvoir d’achat des Ivoiriens, la lutte contre le chômage des jeunes et la création d’opportunités d’insertion, l’amélioration des conditions de vie et de la protection sociale des femmes, le renforcement de l’équité, la défense des libertés démocratiques, le développement territorial, ainsi que l’apaisement du climat politique et social. Le Ppa-CI met également en avant la nécessité de répondre aux difficultés liées à l’éducation, à la santé et au logement.
Des promesses qui rappellent le passé
Pour certains observateurs, plusieurs de ces engagements rappellent fortement les promesses formulées par Laurent Gbagbo lors de son accession au pouvoir en octobre 2000. À cette époque déjà, la « refondation » était présentée comme un projet de transformation profonde de la société ivoirienne, fondé notamment sur la démocratisation, la justice sociale, la bonne gouvernance, l’amélioration du pouvoir d’achat et la lutte contre le chômage des jeunes. La question qui se pose aujourd’hui est donc celle de la continuité entre les engagements d’hier et les propositions d’aujourd’hui. Un exemple revient régulièrement dans le débat : celui des engagements pris en faveur de la jeunesse. Dans un document publié en 2009, Laurent Gbagbo s’engageait notamment à créer 830 000 emplois directs sur cinq ans, soit 166 000 emplois par an, auxquels devaient s’ajouter 332 000 emplois indirects chaque année. Cette promesse était présentée comme l’un des cinq engagements du président Laurent Gbagbo en faveur des jeunes. Le document prévoyait également la réforme du système éducatif, la création d’un ministère chargé de la Jeunesse, de la Formation professionnelle et de l’Emploi, ainsi que la mise en place d’un service civique national destiné à favoriser l’insertion sociale et professionnelle des jeunes. À quelques mois de l’élection présidentielle de 2010, la question de l’emploi des jeunes occupait encore une place importante dans le discours du candidat. Au-delà des promesses relatives à l’emploi, le nouveau « Pacte social » remet également sur la table la question de la bonne gouvernance. Or, les années de pouvoir de Laurent Gbagbo restent associées à plusieurs controverses portant notamment sur la gestion des ressources publiques et la gouvernance de certaines filières économiques. La filière café-cacao constitue, à cet égard, l’un des dossiers les plus souvent cités. Des audits réalisés à la demande des institutions de Bretton Woods ont fait état de la disparition de quelque 370 milliards de francs CFA entre 2002 et 2008 dans plusieurs structures de gestion de la filière. Cette estimation, largement reprise, concernait notamment le Fonds de régulation et de contrôle, le Fonds de développement et de promotion des activités des producteurs de café et de cacao, la Bourse du café et du cacao et l’Autorité de régulation du café et du cacao. Le « Pacte social » intervient ainsi dans un contexte politique où Laurent Gbagbo cherche à remettre les questions sociales au centre du débat public. Lors de sa présentation, il a insisté sur les difficultés rencontrées par les populations en matière d’éducation, de santé, de logement et d’emploi, tout en plaidant pour davantage de justice sociale et d’inclusion. Mais pour une partie de l’opinion, la crédibilité de ces nouvelles propositions sera nécessairement appréciée à la lumière des engagements pris au cours de ses années de pouvoir. C’est précisément sur ce terrain que le débat risque de s’installer : entre les promesses d’hier et les propositions d’aujourd’hui, quelle confiance les Ivoiriens peuvent-ils accorder à ce nouveau projet ? Le « Pacte social » est donc appelé à être confronté non seulement aux réalités sociales actuelles, mais également à la mémoire politique des années 2000. Reste désormais à savoir comment ces nouvelles propositions seront accueillies par les Ivoiriens et surtout comment elles seront confrontées au bilan et aux engagements de son premier passage au pouvoir.
G.K






































































