Le parquet n’a pas fait dans la demi-mesure. Vingt ans de prison ferme, 50 millions de FCFA d’amende et des peines complémentaires. C’est la peine requise, ce jeudi 8 octobre, contre quatre jeunes poursuivis pour des faits liés à la cybercriminalité et au blanchiment de capitaux, devant le Pôle pénal, économique et financier.
Les faits remontent à 2022. Selon le représentant du ministère public, les autorités ivoiriennes ont été saisies par le département américain de la Justice après qu’une citoyenne américaine a été victime de sextorsion. Les investigations menées dans le cadre de cette affaire ont conduit les enquêteurs américains en Côte d’Ivoire, à la suite de l’arrestation aux États-Unis d’un Ivoirien identifié sous le nom de Kassi. Les recherches ont ensuite permis l’interpellation des quatre prévenus, placés sous mandat de dépôt depuis le 30 avril 2026.
Pour le parquet, les faits reprochés aux mis en cause sont établis. Il estime que les victimes ont versé de l’argent sous la menace et que les prévenus ont tiré des avantages financiers de ces opérations. Il a donc demandé au tribunal de les déclarer coupables et de prononcer les peines requises.
À la barre, les quatre jeunes ont rejeté les accusations. Trois d’entre eux sont revenus sur leurs déclarations faites lors de l’enquête préliminaire et devant le juge d’instruction, affirmant avoir parlé sous la pression.
L’un des prévenus a notamment contesté être un « buraliste », terme utilisé dans le milieu du broutage pour désigner une personne chargée de récupérer ou de retirer l’argent issu de ces activités.
Il a expliqué qu’un voisin lui avait demandé sa pièce d’identité avant de lui demander s’il connaissait quelqu’un vivant aux États-Unis. Il a alors communiqué le contact d’un ancien camarade de promotion de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB), installé aux États-Unis. Selon son récit, le voisin aurait ensuite pris contact avec cet ami, qui se chargeait des retraits d’argent.
Le prévenu a évoqué trois transactions en deux semaines, d’un montant d’environ deux millions de FCFA chacune. Il a toutefois nié avoir participé à un réseau de cybercriminels.
Après le réquisitoire, les avocats de la défense ont vivement réagi. Ils ont reproché au parquet d’avoir affirmé la culpabilité de leurs clients sans, selon eux, apporter suffisamment d’éléments pour étayer ses accusations.
L’un des conseils a notamment critiqué la place accordée au décès de la victime américaine dans l’argumentation du ministère public. Il a également évoqué la coopération judiciaire entre la Côte d’Ivoire et les États-Unis, laissant entendre que l’origine américaine du dossier pouvait expliquer la célérité de son traitement.
Cette remarque a suscité une mise au point de la présidente du tribunal. « Le pôle pénal coopère avec tout le monde. Que cela vienne du Burkina, du Mali ou du Ghana, nous les traitons », a-t-elle répondu. Elle a contesté l’idée selon laquelle une affaire impliquant un ressortissant américain serait traitée plus rapidement qu’un dossier provenant d’un pays voisin.
La reprise des audiences au Pôle pénal, économique et financier a également été marquée par des mesures de sécurité. Alors que le procès des quatre prévenus avait commencé, une femme entièrement vêtue de noir, ne laissant apparaître que ses yeux, est entrée dans la salle. La présidente a suspendu l’audience pendant cinq minutes et demandé à l’intéressée de repasser par le contrôle de sécurité. Elle est ensuite revenue dans la salle. Selon les informations recueillies à l’audience, il s’agissait de la mère de l’un des prévenus.
Dans le box, 21 personnes détenues étaient présentes, tandis que des proches des prévenus et des observateurs suivaient les débats.







































































