En politique, ce ne sont pas les mots qui comptent, mais ce qu’ils cherchent à dissimuler. En annonçant qu’il ne sera pas candidat à Tiassalé en 2028, Assalé Tiémoko tente d’imposer un récit de hauteur morale et de cohérence personnelle. Mais derrière cette mise en scène maîtrisée, une autre lecture s’impose. Celle d’un repli stratégique face à un terrain devenu incertain.
Car la vérité est simple. On ne quitte pas un bastion que l’on contrôle encore solidement. On s’en éloigne lorsque le rapport de force commence à basculer. Les dernières séquences électorales ont changé la donne. Le RHDP a démontré sa capacité à s’imposer localement.
Son candidat Alpha Sanogo a remporté le scrutin législatif avec 8557 voix, soit 52,42% des suffrages exprimés, face à Assalé Tiémoko qui a obtenu 7489 voix, soit 45,88%. Mais le résultat le plus saisissant, c’est celui obtenu par chacun de ces candidats dans la commune de Tiassalé, mis à part les résultats des sous-préfectures de Morokro et de Tiassalé.
Avec une population électorale estimée à 21425 inscrits en commune, seulement 9618 ont pris par aux législatives. Parmi ces votants, 5874 ont porté leur choix sur le candidat Alpha Sanogo contre 3427 pour Assalé Tiémoko, soit 2447 voix de différence.
Cet écart va continuer à s’agrandir d’ici aux prochaines échéances électorales au regard des nombreuses actions sociales menées régulièrement sur le terrain par Alpha Sanogo en faveur des populations. Les équilibres politiques se sont déplacés. Et dans ce contexte, le choix d’Assalé Tiémoko de ne pas se représenter ressemble moins à un acte volontaire qu’à une décision contrainte par la réalité.
La formule « je ne fuis pas » apparaît alors pour ce qu’elle est. Une anticipation. Une manière de devancer le jugement politique en construisant un récit acceptable.
Dans le même registre, affirmer que le RHDP ne peut pas le battre sans fraude relève d’une mécanique bien connue. Celle qui consiste à neutraliser toute éventuelle défaite avant même qu’elle ne survienne.
C’est un dispositif discursif efficace. Il permet de transformer une faiblesse en posture de résistance, et un recul en combat contre un système. Mais à force d’être utilisé, il finit par dévoiler sa fonction. Préparer l’opinion à relativiser toute perte d’influence.
Sur le terrain du bilan, le même procédé est à l’œuvre. Les transformations de Tiassalé sont présentées comme le fruit d’une action individuelle. Pourtant, aucun territoire ne se développe en dehors d’un cadre national. Routes, investissements, dynamiques économiques, politiques publiques. Tout cela dépasse la seule échelle locale.
Revendiquer seul ces avancées, c’est ignorer volontairement la réalité des leviers qui structurent le développement. Le déplacement annoncé vers Abidjan confirme cette logique de repositionnement. Ce n’est pas seulement un changement de territoire. C’est un changement de stratégie.
À Tiassalé, la confrontation était directe, quotidienne, mesurable. À Abidjan, le terrain devient plus large, plus médiatique, plus fragmenté. On y gagne en visibilité ce que l’on perd en ancrage.
Ce choix traduit une tentative de recomposition. Transformer une influence locale fragilisée en capital politique national. Miser sur l’image lorsque le terrain devient plus exigeant. Mais Abidjan n’est pas un refuge. C’est un espace politique structuré, compétitif, où les logiques d’appareil, d’implantation et de crédibilité électorale sont déterminantes.
Depuis plusieurs années, un même schéma se répète. Contester les résultats défavorables, dénoncer les institutions, incarner une opposition permanente. Ce registre fonctionne tant qu’il produit de l’adhésion. Mais il s’épuise lorsqu’il ne s’accompagne pas de victoires concrètes.
La politique ne se nourrit pas uniquement de discours. Elle se mesure dans la capacité à convaincre durablement un électorat. Quitter Tiassalé aujourd’hui, ce n’est pas seulement tourner une page. C’est reconnaître que cette page ne pouvait plus être écrite dans les mêmes conditions.
L’enjeu désormais est ailleurs. À Abidjan, face à un électorat plus exigeant, plus structuré, moins sensible aux récits personnels. Entre communication et réalité, il y a toujours une ligne de vérité. Et cette ligne, tôt ou tard, est tracée par le peuple.





































































