Suivre l’argent, jusqu’à sa source. C’est la recommandation de Yapo Kio Nina Geneviève, dite Kionina, membre de la société civile, dans le débat sur la lutte contre le blanchiment d’argent en Côte d’Ivoire.
Elle s’exprime dans une contribution transmise à l’infoexpress.
En effet, pour elle, le combat contre ce phénomène ne saurait se limiter à quelques individus ou à des opérations ponctuelles.
Il doit aller jusqu’aux réseaux, aux mécanismes financiers et, surtout, aux véritables bénéficiaires des fonds suspects.
Le blanchiment d’argent ne se combat pas en restant à la surface. Pour être efficace, la lutte doit s’intéresser aux endroits où circulent les capitaux, où se prennent les décisions et où sont attribués les contrats. Entreprises, immobilier, marchés publics, circuits financiers… aucun secteur ne devrait échapper aux contrôles lorsque des indices sérieux sont réunis.
Kionina pose en outre plusieurs questions qui méritent, selon elle, d’être examinées avec rigueur : à qui appartiennent réellement certaines sociétés ? Qui en sont les bénéficiaires effectifs ? Qui finance certaines acquisitions ? Qui reçoit les marchés ? Qui signe les contrats ? Et surtout, quelle est l’origine des capitaux engagés ?
Toujours, selon elle, l’enjeu est également de regarder derrière les structures juridiquement constituées. Certaines sociétés peuvent, dans certains cas, servir à masquer les véritables personnes qui en contrôlent les intérêts. D’où la nécessité, insiste-t-elle, de rechercher les éventuels prête-noms, sociétés-écrans et montages financiers destinés à dissimuler l’origine des fonds.
Cette exigence de transparence vaut également pour les patrimoines et les éventuels conflits d’intérêts. Lorsque des indices sérieux existent, les responsables publics, comme tout autre citoyen, doivent pouvoir faire l’objet de contrôles et d’enquêtes dans le strict respect de la loi.
Il ne s’agit donc pas, précise-t-elle, de jeter l’opprobre sur les fonctionnaires, les ministres ou les directeurs généraux. Il s’agit plutôt de faire prévaloir un principe simple : toute personne soupçonnée sur la base d’éléments sérieux doit pouvoir répondre aux interrogations de la justice.
Mais pour aller au bout de cette démarche, encore faut-il disposer des moyens nécessaires. Enquêteurs spécialisés, outils technologiques, traçabilité des capitaux et coopération entre les différentes structures compétentes sont indispensables pour remonter les circuits financiers complexes.
Car, estime Kionina, le blanchiment ne se combat ni avec des déclarations ni avec des communiqués. Il faut suivre l’argent. Identifier son point de départ, retracer son parcours, déterminer ceux qui le contrôlent et établir l’identité de ceux qui en bénéficient réellement.
C’est à ce prix que les réseaux financiers complexes peuvent être démantelés. Et lorsque les investigations établissent une origine illégale des capitaux, les sanctions doivent suivre, conformément à la loi : poursuites contre les responsables, saisies et confiscations des avoirs concernés.
Pour Kionina, la Côte d’Ivoire doit ainsi aller plus loin dans ses investigations. Creuser dans les sociétés, les patrimoines, les marchés publics, les montages financiers et les bénéficiaires effectifs. Et lorsque les éléments l’exigent, ne pas hésiter à regarder également du côté des administrations et des structures publiques.
Car, au fond, un réseau financier ne peut être démantelé en ne regardant que sa périphérie. Il faut suivre l’argent jusqu’à sa source.
Fulbert Yao






































































