A ce niveau, l’incendie n’est plus un simple accident d’exploitation. Sa répétition devient un symptôme de gouvernance.
Quand l’outil de production disparaît à cette fréquence, la question n’est plus seulement technique : elle devient organisationnelle, managériale et institutionnelle.
A la SOTRA le contrôle de gestion a un autre nom
Une organisation devient vulnérable lorsque les fonctions de décision, d’achat, de patrimoine, de performance et de contrôle se trouvent concentrées dans une même chaîne d’autorité.
Le contrôle croisé perd toute sa portée lorsque celui qui participe à la décision conserve une influence sur le mécanisme chargé d’en apprécier la régularité, la pertinence ou les résultats.
Dès lors, l’indépendance du contrôle s’affaiblit. Les contre-pouvoirs internes deviennent moins opérants, les zones d’ombre se multiplient et les responsabilités sont cachées.
Sans constituer, à elle seule, la preuve d’une faute, une telle configuration peut ainsi transformer la reddition de comptes en un exercice d’autoévaluation, voire d’autojustification.
Quelle performance économique lorsque le capital part en fumée ?
Il existe une contradiction difficilement soutenable entre l’exigence de performance et la destruction répétée de l’outil de production.
Sans exonérer les autres divisions de leurs responsabilités, la Division Administration et Performance Économique occupe une position centrale.
Elle concentre notamment les fonctions financières, juridiques, d’achats, de patrimoine, de contrôle de gestion et de ressources humaines.
Elle ne conduit certes pas les autobus, mais elle organise une part essentielle des moyens, des procédures et des équilibres qui conditionnent leur exploitation.
A ce titre, elle constitue l’un des centres névralgiques de la gouvernance de la SOTRA.
Lorsqu’un risque majeur se répète, son rôle doit donc être interrogé autant sur l’allocation des ressources, la prévention, le suivi de la performance que sur l’efficacité des dispositifs de contrôle.
Un autobus calciné n’est pas un simple incident matériel. C’est un investissement public détruit, une capacité de transport supprimée, une recette future amputée et une charge reportée sur le contribuable ivoirien.
Après 72 autobus détruits en moins d’un an, la séquence « incendie, enquête, communiqué, silence » ne peut plus tenir lieu de gouvernance. Quand le même risque se répète sans correction visible, l’échec cesse d’être seulement technique : il devient organisationnel et managérial.
Le silence cesse d’être une force sur cette question
Il faut désormais un audit indépendant, des responsabilités clairement établies
A ce stade, la question n’est plus seulement de savoir pourquoi les autobus brûlent.
Elle est de savoir quelles défaillances persistent, qui en porte la responsabilité et pourquoi les mécanismes de contrôle n’ont pas permis d’y mettre fin.
Après 72 autobus détruits en une année, pérorer ne suffit plus. La SOTRA doit désormais rendre des comptes, il faut établir les responsabilités et engager des mesures à la hauteur des pertes subies.
Dr. Kalilou Coulibaly






































































