Chez Platon, la démocratie porte en elle un paradoxe : lorsque la liberté cesse d’être ordonnée par la règle, elle peut se retourner contre elle-même.
Dans la République, l’excès de liberté conduit progressivement au refus de toute autorité, jusqu’à rendre désirable une puissance capable de rétablir l’ordre.
Transposée à la Côte d’Ivoire, cette pensée ne justifie pas la tyrannie au sens politique. Elle rappelle plutôt une exigence fondamentale : l’État de droit doit savoir exercer pleinement son autorité.
Platon nous avertit : quand l’illégal devient ordinaire, l’ordre recule
L’orpaillage illégal illustre cette dérive. L’occupation illégale des terres, la destruction des cours d’eau, les circuits financiers opaques et les trafics associés ne relèvent plus seulement de l’incivisme.
Dans certaines configurations régionales, ces économies clandestines peuvent créer des espaces exploitables par la criminalité organisée, voire par des groupes terroristes.
L’État a donc raison de démanteler les sites, poursuivre les commanditaires et contrôler les flux financiers, les engins et les chaînes logistiques.
La fermeté en devient une fonction de protection collective et du territoire national.
Platon nous avertit aussi : la tolérance répétée finit par fabriquer la norme
La conduite anarchique de certains motocyclistes, le non-respect du Code de la route ou les « chargeurs » improvisés autour des gbakas et wôrô-wôrô révèlent un même mécanisme : une pratique irrégulière tolérée suffisamment longtemps finit par acquérir la force d’une convenance sociale.
Le citoyen ne demande alors plus si son comportement est légal.
Il invoque l’habitude pour le légitimer. Quand l’exception devient coutume, l’autorité publique commence à perdre la bataille symbolique de la règle.
Platon nous avertit enfin : gouverner, c’est empêcher la liberté de se dévorer elle-même
La Côte d’Ivoire doit donc renforcer l’autorité de l’État : contrôles permanents, sanctions certaines et proportionnées, responsabilisation des complices, encadrement des activités informelles et application impartiale de la loi.
Il ne s’agit pas de substituer la tyrannie à la démocratie, mais de préserver celle-ci d’un désordre qui, à force de s’installer, finit toujours par susciter une demande d’autorité plus coercitive.
La force au secours de l’ordre moral
La véritable puissance de l’État n’est finalement ni la brutalité ni la peur.
Elle réside dans cette capacité presque esthétique à rendre la règle visible, juste et respectable.
Lorsque la morale publique ne suffit plus à imposer le respect de la règle, l’autorité légitime doit retrouver la force nécessaire pour garantir l’ordre.
Mais, lorsque la règle est boycottée devant les intérêts particuliers, ce n’est pas la liberté qui progresse : c’est l’audace qui fait loi, avant que la force ne finisse par faire droit.
Dr. Kalilou Coulibaly





































































