La gestion des déchets demeure l’un des principaux défis environnementaux de la Côte d’Ivoire. Dans cet entretien, Brice Gbessi, Expert international en gestion des déchets et en économie circulaire, plaide pour un diagnostic national du secteur avant toute réforme.
Quelles sont les mesures prioritaires à mettre en œuvre pour améliorer durablement la gestion des déchets en Côte d’Ivoire ?
La première priorité consiste à réaliser un diagnostic national approfondi du système de gestion des déchets. En l’absence d’études rigoureuses fondées sur des données fiables, des enquêtes de terrain et des échantillons représentatifs, il est difficile de définir des politiques publiques efficaces. Cette étude, confiée à des experts, devrait s’étendre sur une période de six à douze mois afin d’établir un état des lieux précis du secteur et de constituer une base de données fiable au profit des pouvoirs publics, notamment des ministères chargés de l’Environnement, de la Salubrité et de l’Assainissement.
Elle devrait également associer l’ensemble des acteurs de la chaîne de gestion des déchets. C’est sur la base de ses conclusions que l’État pourra engager des réformes durables et adaptées aux réalités nationales.
Le tri des déchets à la source est souvent présenté comme la clé d’une gestion moderne. Comment réussir son implantation en Côte d’Ivoire ?
Le tri à la source a déjà démontré son efficacité dans de nombreux pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Il repose sur deux principes essentiels : la proximité et la responsabilisation des producteurs de déchets. Pour réussir sa mise en œuvre en Côte d’Ivoire, il est indispensable de disposer d’un cadre juridique adapté. À cet égard, la France offre un exemple intéressant avec la loi AGEC du 11 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. La Côte d’Ivoire gagnerait à se doter d’une loi-cadre définissant clairement les règles applicables au tri, au recyclage et à la valorisation des déchets.
Quels mécanismes permettraient de mieux responsabiliser les ménages, les entreprises et les collectivités territoriales ?
La réussite d’une réforme dépend avant tout de l’adhésion des acteurs concernés. Les ménages, les entreprises, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile et les citoyens doivent être pleinement associés à l’élaboration des politiques publiques en matière de gestion des déchets. Par ailleurs, une véritable décentralisation de cette compétence constitue un levier essentiel d’efficacité. Cette approche a fait ses preuves dans plusieurs pays, notamment le Japon, la Corée du Sud, la Chine, le Costa Rica, ainsi que dans plusieurs États européens. En Afrique, le Rwanda et, dans une moindre mesure, le Ghana, constituent également des références intéressantes.
Comment faire des déchets une véritable ressource économique grâce au recyclage, au compostage et à la valorisation énergétique ?
À mon sens, les déchets constituent déjà une ressource économique. L’enjeu consiste désormais à moderniser leur gestion afin d’en exploiter pleinement le potentiel. Cette modernisation passe par la réduction de la production des déchets, la généralisation du tri à la source, le développement des filières de recyclage, le renforcement des actions de sensibilisation et l’implication de l’ensemble des parties prenantes. Ces actions doivent naturellement s’accompagner d’un dispositif réglementaire clair prévoyant, le cas échéant, des sanctions en cas de non-respect des règles établies.
Quelle place l’éducation environnementale devrait-elle occuper dans les programmes scolaires ?
L’exemple du Japon montre que l’éducation environnementale constitue un levier fondamental de transformation des comportements. En Côte d’Ivoire, les questions liées à la protection de l’environnement et à la gestion des déchets devraient être intégrées dans les programmes scolaires dès la maternelle et jusqu’à l’université. Une telle réforme suppose une collaboration étroite entre les ministères chargés de l’Éducation nationale, de l’Environnement et de la Salubrité afin de construire une véritable politique publique interministérielle.
Si vous deviez proposer une réforme majeure au Gouvernement pour transformer durablement la gestion des déchets en Côte d’Ivoire, laquelle serait-elle ?
Si vous m’obtenez une audience avec le Président de la République, le Premier ministre ou les ministres concernés, je pourrais développer plus largement mes propositions (Rires). Plus sérieusement, je commencerais par lancer un diagnostic national du secteur. J’engagerais ensuite un recrutement transparent d’experts sur la base de critères objectifs afin de mobiliser les meilleures compétences. Parallèlement, je renforcerais la formation des professionnels du secteur pour consolider les capacités nationales.
Enfin, je mettrais en place un cadre juridique moderne, élaboré à partir des réalités du terrain et des résultats du diagnostic national.
Ange Sarah

































































