La pression foncière reste une source majeure de tensions en Côte d’Ivoire. De janvier à septembre 2026, pas moins de 4 396 conflits fonciers ont été enregistrés à travers le pays.
Ces tensions ont touché 2 319 villages, soit environ 26 % des villages du territoire national. Des chiffres communiqués, jeudi à Yamoussoukro, par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général de corps d’armée Diomandé Vagondo, à l’ouverture du Forum sur le foncier et la cohésion sociale en Côte d’Ivoire.
Au-delà du nombre de conflits recensés, le bilan humain interpelle. Selon le ministre, ces différends ont fait 16 morts sur la période considérée. Les régions du Guémon et du Tonkpi figurent parmi les principaux foyers de tensions. Le Guémon totalise 734 conflits, soit 17,1 % du total national, contre 716 pour le Tonkpi, représentant 17 %. À elles seules, ces deux régions concentrent ainsi près de 35 % des conflits fonciers enregistrés dans le pays.
Autre indicateur préoccupant : les autorités préfectorales enregistrent en moyenne 12 conflits fonciers par jour. Une situation qui illustre, selon le ministre, la nécessité de renforcer la prévention et l’anticipation sur le terrain.
Le général de corps d’armée Diomandé Vagondo a notamment évoqué le cas de Kossangui, dans la région de la Mé. Les 4 et 5 août 2026, un conflit foncier y a dégénéré en affrontements, faisant sept morts et 16 blessés. Un exemple qui traduit la capacité de certains différends locaux à prendre rapidement une tournure dramatique.
Les conflits fonciers ne présentent toutefois pas tous le même degré de gravité. « Certains opposent des particuliers ou des familles, tandis que d’autres prennent une dimension communautaire et peuvent être liés aux limites territoriales, à l’exploitation des ressources naturelles ou aux rapports entre agriculteurs et éleveurs », a expliqué le ministre.
Face à cette réalité, le premier responsable de la sécurité intérieure entend placer la prévention au cœur de l’action du corps préfectoral. Pour lui, l’anticipation constitue un levier essentiel pour éviter que les différends ne dégénèrent en affrontements.
Cinq axes doivent ainsi guider l’action des préfets et sous-préfets. Il s’agit notamment d’une connaissance approfondie du territoire et de ses dynamiques, d’une observation permanente du tissu social, du maintien d’un dialogue constant avec les populations, de la mise en œuvre d’actions préventives et d’une meilleure prise en compte du rôle du corps préfectoral dans la chaîne foncière.
Diomandé Vagondo a, par ailleurs, appelé les autorités préfectorales à une vigilance accrue face aux « signaux faibles » susceptibles d’annoncer un conflit. Une contestation locale, une opposition à une politique publique ou encore la résurgence d’une ancienne revendication peuvent, selon lui, constituer les prémices d’une crise.
D’où la nécessité, pour les préfets et sous-préfets, d’observer, documenter et analyser ces signaux afin d’agir à temps et de prendre les mesures préventives appropriées.
Cette exigence de proximité prend tout son sens au regard de l’étendue du territoire administratif ivoirien. Le pays compte 8 632 villages, 509 sous-préfectures, dont 494 effectivement ouvertes, 111 départements et 31 régions. Autant de territoires où l’anticipation et le dialogue demeurent des outils essentiels pour préserver la cohésion sociale.
Fulbert Yao







































































