Chaque année, la Banque africaine de développement, à travers son rapport stratégique Perspectives économiques en Afrique (PEA), éclaire les choix et les trajectoires possibles du continent. Plus qu’un document d’analyse, le PEA s’impose désormais comme une boussole collective, un appel à la lucidité et à l’action dans un environnement mondial en constante recomposition. Publié en mai dernier, le PEA 2026 s’inscrit dans cette tradition d’exigence. Placé sous le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », il sonne comme un rappel pressant, presque solennel : l’Afrique ne peut plus se contenter d’attendre. Elle doit davantage compter sur elle-même, renforcer ses capacités internes de financement et transformer ses propres ressources en leviers durables de croissance et de souveraineté économique.
À l’échelle africaine, la Banque africaine de développement estime que le déficit annuel de financement du développement atteint environ 1 300 milliards de dollars. Pour combler cet écart, le continent devra mobiliser des ressources financières inédites. La Côte d’Ivoire n’échappe pas à cette réalité. Son ambition de devenir un pays à revenu intermédiaire supérieur exige des investissements massifs et continus durant les prochaines décennies.
Le président de la BAD, dans l’avant-propos du PEA 2026, a insisté sur l’efficacité des investissements publics. Selon l’institution, une part importante des ressources mobilisées en Afrique ne produit pas tout son potentiel économique en raison de défaillances de gestion.
Pour la Côte d’Ivoire, le défi n’est donc pas seulement de trouver davantage d’argent. Il consiste également à mieux utiliser chaque ressource mobilisée. À mesure que l’aide publique internationale devient plus incertaine et que les marchés financiers deviennent plus sélectifs, cette vision apparaît comme l’une des clés majeures du développement ivoirien pour la prochaine décennie.
Modèle de stabilité relative et de dynamisme économique en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire apparaît comme un laboratoire grandeur nature de cette ambition continentale. Entre réformes, mobilisation des ressources internes et attractivité accrue, l’expérience ivoirienne offre un prisme concret pour comprendre comment les recommandations du PEA 2026 peuvent se traduire en actions tangibles sur le terrain..
Depuis plus d’une décennie, la Côte d’Ivoire figure parmi les économies les plus performantes du continent africain. Après avoir surmonté les crises politiques qui avaient freiné son développement durant les années 2000, le pays a engagé un cycle de croissance soutenue reposant sur une combinaison de stabilité politique, d’investissements publics massifs et de réformes économiques.
Cette dynamique se poursuit. Selon les Perspectives économiques en Afrique 2026, la croissance du PIB ivoirien devrait atteindre 6,2 % en 2026 avant de progresser à 6,5 % en 2027, soit des niveaux nettement supérieurs à la moyenne africaine estimée à 4,2 % et 4,4 % sur la même période.
Ces chiffres confirment la place de la Côte d’Ivoire parmi les locomotives économiques du continent. L’agriculture demeure un pilier essentiel de cette performance. Premier producteur mondial de cacao, le pays s’appuie également sur le café, l’anacarde, l’hévéa et l’huile de palme pour alimenter ses exportations. Mais l’économie ivoirienne ne repose plus uniquement sur les matières premières. Les services représentent désormais une part croissante de la richesse nationale. Les télécommunications, les services financiers, le commerce et la logistique jouent un rôle déterminant dans la création de valeur. L’industrie connaît également une montée en puissance progressive grâce aux politiques de transformation locale des matières premières. Cette diversification constitue aujourd’hui l’un des principaux atouts du pays.
Cependant, la croissance économique ne constitue pas une fin en soi. Elle doit être transformée en infrastructures modernes, en emplois, en services publics de qualité et en amélioration du niveau de vie. C’est précisément là que se situe le défi. La Côte d’Ivoire doit simultanément et de façon urgente : construire des routes ; développer des infrastructures ferroviaires ; renforcer son système énergétique ; moderniser ses ports ; financer l’éducation ; investir dans la santé ; soutenir son industrialisation ; accélérer sa transition numérique ; répondre aux enjeux climatiques. Ces besoins représentent des montants considérables.
Cissé Cheick Oumar






































































