Fin de parcours pour l’actuel conseil d’administration de la Mutuelle des personnels du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement technique de Côte d’Ivoire (MUPEMENET-CI). Tout semble l’indiquer.
Le Pôle pénal économique et financier (PPEF) d’Abidjan s’est finalement saisi du dossier MUPEMENET-CI. Là où la Police économique, la Police judiciaire, l’Agence ivoirienne de régulation des mutuelles sociales (AIRMS), la ministre de l’Éducation nationale, Mariatou Koné, le ministre de l’Emploi et des Affaires sociales, voire la juridiction de dernier recours qu’est le Conseil d’État, ont tous reculé.
Juridiction spécialisée autonome, créée en 2020 et renforcée en 2022, dédiée à la lutte contre la grande délinquance économique et financière, le blanchiment de capitaux et la corruption sur l’ensemble du territoire national, le Pôle pénal économique et financier n’entend pas se laisser faire. L’institution judiciaire entend aller jusqu’au bout de son enquête, entamée il y a plusieurs mois.
Tout serait parti du récent recrutement du directeur des systèmes informatiques de la mutuelle. Le directeur exécutif (DE) de la mutuelle, Agré Lynx Bourgelat, aurait récemment recruté un ami, Yapi Hubert, depuis la France pour le nommer directeur des systèmes informatiques (DSI). Ce dernier aurait ensuite fait venir un autre proche, identifié sous les initiales S.P., qui aurait également été embauché afin de gérer avec lui le système informatique de la mutuelle, considéré comme le nœud central du système présumé de fraude.
Les deux hommes recrutés, le directeur exécutif n’aurait pas tardé à vouloir enrôler Yapi Hubert dans un système présumé de fraude sur les cotisations des mutualistes. Ce dernier se montrant réticent, le DE se serait alors rapproché de S.P. afin de mettre en place une stratégie présumée de détournement de fonds. Avec la complicité présumée du directeur administratif et financier (DAF), identifié comme Koné, les trois hommes auraient élaboré ce mécanisme.
Ainsi, pour une mutuelle intervenant avec des cliniques et pharmacies, quatre sociétés écrans, exerçant pourtant dans des domaines sans lien avec la santé, auraient perçu des versements mensuels supposés couvrir des prestations pour le compte de la mutuelle. Et cela depuis trois années. Certaines de ces sociétés appartiendraient au DAF ainsi qu’au directeur du patrimoine et de la logistique. Plusieurs prestations fictives auraient également été exécutées et réglées.
Le directeur exécutif serait même allé jusqu’à effectuer des placements boursiers en France et dans des banques ivoiriennes avec des fonds de la mutuelle, sans l’aval des enseignants, présentés comme ignorants de la situation. Ce système présumé, qui se serait déroulé sous le regard bienveillant de Boko Brou Michaël, président du conseil d’administration (PCA), ainsi que du comité de contrôle, aurait permis de faire sortir frauduleusement près de 5 milliards de FCFA des caisses de la mutuelle.
Dans la conduite de cette opération présumée, le DSI aurait fini par se désolidariser. Cette prise de distance aurait provoqué des tensions avec le directeur exécutif, qui aurait ensuite procédé à son licenciement sans paiement de ses droits.
Refusant de perdre ses droits, Yapi Hubert aurait alors saisi le Pôle pénal économique et financier afin d’alerter les enquêteurs sur ce qui se tramait, selon lui, dans le dos des enseignants de Côte d’Ivoire.
En février dernier, les agents du PPEF ont effectué une descente au siège de la mutuelle, situé au Vallon, Rue des Jardins. Tous les ordinateurs liés à la comptabilité ainsi que celui du directeur exécutif ont été placés sous scellés puis transportés au siège du PPEF pour exploitation, avant d’être restitués.
L’enquête a alors véritablement commencé. Le directeur exécutif, alors hors du pays, aurait longtemps hésité avant de revenir à Abidjan en mars dernier. Convoqué au PPEF, son passeport aurait été confisqué avec interdiction de quitter le territoire. Le nommé S.P. serait également revenu de France. Accueilli à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny, il aurait été conduit au PPEF puis placé sous contrôle judiciaire, avec obligation de signaler quotidiennement sa présence aux forces de l’ordre du PPEF. Son passeport lui aurait également été retiré.
Le PCA et ses vice-présidents, ainsi que le DAF, la comptable et les membres du comité de contrôle, ont été entendus tour à tour par les enquêteurs du PPEF. D’une suspicion initiale de détournement de 2 milliards de FCFA, les investigations auraient rapidement révélé un déficit financier estimé à près de 5 milliards de FCFA non justifiés.
L’instruction de l’affaire étant bouclée, le procureur devrait prochainement ouvrir le procès.
À noter que nous avons contacté les responsables de la mutuelle afin d’obtenir leur version des faits, mais ils n’ont pas répondu à nos questions transmises.
Fulbert Yao





































































