Les accusations de détournement portant sur un montant de 267 millions de francs CFA ont fini par emporter le directeur général de l’Office d’aide à la commercialisation des produits vivriers (OCPV), Gnenye Adou Bernard.
Il a été suspendu et remplacé par Mme Koné Aïssatou, nommée directrice générale de l’Office d’aide à la commercialisation des produits vivriers (OCPV) par intérim.
La passation de charges s’est déroulée ce vendredi 11 septembre 2026, dans la salle de conférence de l’OCPV, sous la supervision de l’Inspection générale du ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, en présence de représentants de la Direction des ressources humaines (DRH).

Il faut rappeler que cette affaire a commencé en 2020. Ci-dessous, la chronologie des faits.
Le 23 juin 2020, le ministre du Commerce et de l’Industrie, le ministre de l’Économie et des Finances et le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé du Budget et du Portefeuille de l’État signent l’arrêté interministériel n°030/MCI/MEF/MPMBPE, fixant la grille des salaires, indemnités et primes du personnel de l’OCPV.
Le lendemain, 24 juin 2020, le directeur de l’OCPV réunit le personnel pour présenter cet arrêté. À cette occasion, il indique que celui-ci accorde des accessoires de salaires aux fonctionnaires et fixe de nouveaux salaires pour les contractuels.
Souhaitant prendre connaissance du contenu exact du texte, le SYNA-OCPV adresse au directeur, les 28 septembre et 14 octobre 2020, deux courriers sollicitant la communication d’une copie de l’arrêté. Ces deux demandes restent sans réponse.
Face à ce silence, le 19 octobre 2020, le SYNA-OCPV saisit le ministre du Commerce et de l’Industrie, M. Souleymane Diarrassouba, pour l’informer de cette situation et lui faire part des préoccupations du syndicat. Là encore, aucune réponse.
Cependant, le 20 novembre 2020, à la surprise générale, le directeur de l’OCPV prend la décision n°001/MCI/OCPV/DC portant modalités de répartition des indemnités et primes prévues par l’arrêté fixant la grille des salaires, indemnités et primes du personnel de l’OCPV.
Cette décision :
– rend trimestriel le paiement des accessoires de salaires ;
– institue un délai de douze mois pour les fonctionnaires nouvellement affectés avant de bénéficier des avantages ;
– prévoit des ponctions sur la prime d’incitation.
En revanche, elle ne précise pas la destination ni l’utilisation des sommes prélevées.
À la recherche du texte original, le SYNA-OCPV se rapproche des services du Journal officiel et obtient une copie de l’arrêté interministériel.
La lecture du texte fait apparaître plusieurs contradictions majeures avec la décision prise par le directeur.
Le SYNA-OCPV relève notamment que :
– l’arrêté ne prévoit pas de ponction sur la prime d’incitation ;
– l’arrêté ne prévoit pas de délai de carence avant de bénéficier des avantages ;
– l’arrêté ne donne pas mandat au directeur de l’OCPV pour prendre une décision en vue de son application ;
– sont chargés de l’exécution de l’arrêté les directeurs de cabinet des ministres signataires.

Les 17 juin, 4 et 30 septembre 2021, le SYNA-OCPV adresse plusieurs courriers au directeur de l’OCPV. Le syndicat lui demande notamment de surseoir à l’application de sa décision et, les fonctionnaires étant placés dans une position statutaire et réglementaire vis-à-vis de l’administration, de prendre à leur encontre les mesures disciplinaires prévues par le Statut général de la Fonction publique en cas de manquement à leurs obligations professionnelles.
Alors, le 8 novembre 2021, le SYNA-OCPV saisit les trois ministres signataires de l’arrêté.
Une réponse intervient quelques semaines plus tard. Le 30 novembre 2021, dans une correspondance adressée au directeur de l’OCPV, le directeur de cabinet du ministre du Budget lui demande de mettre immédiatement fin à l’application de sa décision et lui rappelle que le paiement des avantages est mensuel.
Malgré ce courrier de clarification, l’application de la décision se poursuit.
Le 17 janvier 2023, le syndicat introduit donc un recours administratif auprès du ministre de tutelle afin d’obtenir l’annulation de la décision.
Faute de suite, le SYNA-OCPV saisit finalement le Conseil d’État le 9 mai 2023.
Le 30 avril 2025, le Conseil d’État déclare le recours irrecevable pour vice de forme, en raison du non-respect du délai de dépôt prévu à l’article 70 de la loi organique n°2020-968 du 17 décembre 2020 déterminant les attributions, l’organisation, la composition et le fonctionnement du Conseil d’État.
Le 16 janvier 2024, dans un souci de transparence et de traçabilité, le SYNA-OCPV adresse au directeur une nouvelle correspondance, demandant que chaque agent puisse disposer d’une attestation de prélèvement pour chaque ponction effectuée.
Pendant ce temps, les ponctions du directeur se poursuivent, sans épargner les malades. Le cas le plus frappant reste celui de M. Yao Kouassi, fonctionnaire non-voyant souffrant d’un diabète sévère.
La prime d’incitation de M. Yao Kouassi, d’un montant de 300 000 FCFA par trimestre, lui a été entièrement et régulièrement retirée à partir de 2024, malgré le certificat médical qu’il avait présenté à la direction.
Devant l’état de santé précaire du non-voyant et ses difficultés financières, la Mutuelle avait organisé une cotisation en sa faveur.
Le directeur général avait lui aussi participé à cette cotisation à hauteur de 20 000 FCFA.
Mais, le mois suivant, la prime d’incitation a de nouveau été retirée à M. Yao Kouassi.
M. Yao Kouassi est décédé le 12 mars 2025 à son domicile, à Abobo Carrefour Diallo, sans savoir où allaient ni à quoi serviraient toutes ces ponctions qui lui étaient imposées alors qu’il était malade.
Le 23 janvier 2025, le directeur général, alors qu’il n’en a pas la compétence et contrairement aux règles administratives, prend une décision mettant la présidente de la Mutuelle des Fonctionnaires et Agents de l’OCPV (MUFA-OCPV), Mme Konan née Kouadjo France Estelle, à la disposition du ministère du Commerce et de l’Industrie.
Dans le même temps, il fait opposition sur le compte bancaire de la Mutuelle, bloquant ainsi le fonctionnement de l’association.
Ensuite, le 14 février 2025, il convoque une réunion du personnel dont le point principal à l’ordre du jour porte sur le remplacement de la présidente de la MUFA-OCPV.
Au cours de cette réunion, il affirme publiquement avoir versé 243 millions de FCFA sur le compte de la MUFA-OCPV.
Au terme de la réunion, une résolution est prise pour organiser un sondage destiné à choisir, parmi plusieurs propositions, la meilleure option pour le remplacement de la présidente.
À l’appel du syndicat, on assiste à un boycott du vote. Seuls 60 agents, sur un effectif de 283, y participent.
Devant ce camouflet, le 29 août 2025, M. Digbaï Serge, alors sous-directeur des Ressources humaines et vice-président de la MUFA-OCPV, est sollicité par le DAAF pour assurer l’intérim de la Mutuelle.
Ce dernier refuse cette mission par correspondance du 1er septembre 2025, en appelant au respect des textes régissant l’association.
Face à l’impasse, le DAAF prend une note décidant unilatéralement que Mme Konan née Kouadjo France Estelle n’est plus la présidente de la Mutuelle.
Puis, le 30 octobre 2025, plusieurs responsables ou membres de la MUFA-OCPV et du SYNA-OCPV sont mis à la disposition de la Direction des ressources humaines du ministère de tutelle, sans motif, sans demande d’explication et toujours par une décision du directeur contraire à la réglementation.
Il s’agit de MM. :
– Digbaï Serge, vice-président de la MUFA-OCPV ;
– Gnaly Billy Salé, secrétaire à la Communication de la MUFA-OCPV ;
– Konan Yao Aymar, chef de l’Antenne régionale OCPV d’Abengourou et époux de la présidente ;
– Amani Konan, secrétaire général du SYNA-OCPV.
À cette période, le bureau du SYNA-OCPV apprend qu’une prime exceptionnelle d’incitation d’environ 183 millions de FCFA aurait été versée au titre des agents, à la suite du changement de statut de l’OCPV, qui venait de passer de direction centrale à direction générale.
Interrogé sur cette information, le directeur indique au syndicat qu’elle n’est pas fondée.
Le SYNA-OCPV est cependant saisi quelques jours plus tard de deux documents du Trésor public portant le libellé : « Prime exceptionnelle d’incitation des agents à reverser à la mutuelle ».
Ces documents font apparaître des versements effectués le 11 septembre 2024.
À partir de là, le syndicat entreprend une nouvelle série de démarches.
Les 14 juillet, 14 août et 15 septembre 2025, trois courriers sont adressés au directeur général afin d’obtenir :
– des explications sur le transfert de cette prime exceptionnelle vers le compte de la MUFA-OCPV ;
– des précisions sur l’origine des 243 millions de FCFA dont le directeur avait déclaré avoir effectué le dépôt sur le compte de la MUFA-OCPV ;
– le remboursement des accessoires de salaires prélevés, dont la destination et l’utilisation demeuraient inconnues du personnel.
Devant ce silence inexplicable, le SYNA-OCPV décide de porter le dossier au plus haut niveau.
Ainsi, le 15 septembre 2025, le syndicat saisit le ministre du Commerce, le ministre de l’Économie, le ministre du Budget ainsi que le Premier ministre.
Il demande l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur des suspicions de détournement portant sur la prime exceptionnelle d’incitation des agents et les accessoires de salaires ponctionnés.
Le syndicat demande également que la lumière soit faite sur l’origine des 243 millions de FCFA annoncés comme ayant été déposés sur le compte de la MUFA-OCPV.
Les préoccupations du SYNA-OCPV sont prises en compte.
À la demande du Premier ministre, deux inspections générales sont diligentées, notamment celles du Commerce et des Finances, afin de vérifier les faits dénoncés.
Le 18 août 2026, les rapports des deux inspections sont rendus publics.
Selon les éléments communiqués par le SYNA-OCPV, ces rapports font apparaître un transfert irrégulier vers le compte de la MUFA-OCPV d’un montant de 267 825 000 FCFA, correspondant à des indemnités et primes du personnel.
Contrairement à ce qui est affirmé par le quotidien « L’Héritage », les rapports des Inspections générales du Commerce et des Finances ne sont pas contradictoires, mais complémentaires. Ils ont abouti à la même conclusion : le détournement avéré de fonds publics d’un montant de 267 825 000 FCFA, représentant les accessoires de salaires du personnel, vers le compte de la Mutuelle des Fonctionnaires et Agents de l’OCPV (MUFA-OCPV).
Les enquêteurs ont également révélé dans leurs rapports que :
1. l’arrêté interministériel n°030/MCI/MEF/MPMBPE du 23 juin 2020 n’a pas été respecté ;
2. le courrier n°8699/MBPE/DGBF/DCB/DNMF du 30 novembre 2021 du directeur de cabinet du ministre du Budget n’a pas été respecté ;
3. à la demande du directeur général, des accessoires de salaires d’un montant de 3 600 000 FCFA ont été indûment payés via le compte de la Mutuelle à un agent non reconnu dans l’effectif de l’OCPV, M. Assalé Méa ;
4. les ressources propres de l’EPN sont mal exploitées et gérées de manière opaque ;
5. la gestion est marquée par une approche autoritaire et un manque de transparence dans l’utilisation des ressources humaines et financières de l’OCPV ;
6. les décisions sont prises de façon autoritaire, sans concertation ;
7. la gestion de la prime d’incitation des agents traduit un manquement aux règles de gouvernance et de conformité budgétaire ;
8. l’environnement de travail est très fortement dégradé ;
9. le climat social au sein de l’établissement a atteint un niveau de dégradation significatif ;
10. les procédures administratives de mise à disposition et les sanctions disciplinaires ne sont pas respectées.
Fulbert Yao






































































