Le journaliste, past président de l’Unjci Traoré Moussa est de retour sur la scène littéraire avec son quatrième ouvrage. « Houphouët-Boigny,
face méconnue ». A 48h de la dédicace prévue le 25 avril 2026 à la Maison de la presse à Abidjan, l’infoexpress décrypte, dans cet entretien les contours de son nouveau chef d’œuvre qui offre un regard plus humain sur une figure majeure de l’histoire de la Côte d’Ivoire.
Vous en êtes à votre quatrième ouvrage. Après « Rôles et responsabilités des intellectuels dans la crise ivoirienne », « Abdoulaye Coulibaly, le parcours exceptionnel du pilote d’Houphouët-Boigny » et « L’enfant de Samo », vous publiez « Houphouët-Boigny, la face méconnue ». Qu’est-ce qui a motivé le choix de cette figure politique pour votre nouvel ouvrage ?
J’ai choisi d’écrire sur Houphouët-Boigny parce que quand j’ai fait le parallèle entre Houphouët-Boigny et les autres grands leaders du monde, je constate qu’il n’y a pas assez de livres sur le président Houphouët-Boigny. Si on le compare au général De Gaulle par exemple, il y a 800 livres qui ont été écrits sur lui. Et même jusqu’à aujourd’hui, il y a des gens qui continuent de réfléchir. Alors qu’en Côte d’Ivoire, à part les œuvres de Frédéric Ramel et de trois ou quatre disciples d’Houphouët-Boigny, les autres n’ont pas fait de biographie. C’est pour cela que je me suis lancé dans cette aventure.
Quels sont les principaux thèmes que vous développez dans ce livre ?
C’est un livre témoignage et j’ai classé en différents chapitres les histoires qui concernent l’intimité familiale, les histoires qui concernent la vie de la nation, les histoires qui concernent ses rapports avec les journalistes, les artistes, les histoires, les sportifs…Les histoires qui concernent le monde extérieur ou le monde diplomatique. j’ai ordonné ces histoires par chapitre. Voilà comment l’œuvre est conçue.

Votre ouvrage accorde une place importante aux anecdotes. Pour quelles raisons avez-vous opté pour ce style ?
J’ai choisi ce style parce que j’estime que c’est plus simple, c’est facile à lire et c’est digeste. Voyez-vous, il y a quelques livres qui ont été écrits sur Houphouët-Boigny. Je cherchais un angle nouveau. Je cherchais ce qui pouvait révéler la vraie personnalité du président Houphouët-Boigny. Et c’est à travers les anecdotes, à travers sa manière de résoudre les problèmes qui se posent à lui au quotidien que je pense qu’on pouvait cerner la personnalité du président Houphouët-Boigny. Comment il réagissait quand il était en colère, comment il réagissait quand il était très heureux, comment il réagissait quand il attrapait un voleur, comment il réagissait face à un couple en conflit. Voilà un peu ce que de loin on ignorait. Là, on ne parle pas de l’onu ou de la cedeao. c’est ce que je voulais chercher en rencontrant les personnes qui ont vécu avec lui. Là, il ne s’agit pas de raconter des légendes mais de faire parler les gens qui ont vécu les faits. C’était ça l’objectif du livre.
Disposez-vous de garanties quant à la véracité des témoignages recueillis ?
Il faut dire que j’ai pris même beaucoup d’années pour les recoupements, j’ai pris presque une décennie pour collecter les faits. Beaucoup d’informations collectées n’ont pas été publiées, parce que je n’ai pas été en mesure d’avoir des personnes ressources pour confirmer les faits. Donc j’ai travaillé avec une secrétaire qui a travaillé au palais du Président. J’ai travaillé avec des membres de la famille. J’ai travaillé avec de très proches collaborateurs du président. J’ai travaillé avec le majordome. J’ai travaillé avec beaucoup d’hommes. Donc je pense qu’avec ces personnes-là, on a pu quand même vérifier quelques faits. Les informations qui n’ont pas pu être vérifiées, on les a tout simplement mises de côté.
Dix années de travail, c’est considérable. Quelles difficultés majeures avez-vous rencontrées lors de l’élaboration de cet ouvrage ?
Les difficultés, c’est de tous ordres. Mais la plus grande difficulté, c’est qu’ils sont nombreux, ceux qui n’ont pas accepté de parler. Parce que, dans son environnement, ils sont nombreux à ne pas vouloir qu’on sache qu’ils sont proches de Houphouët-Boigny. Ceux qui ont accepté de collaborer, en tout cas ce sont des personnes de qualité. Je pense que le peu qu’on a pu tirer est quand même acceptable. Vous voyez, ça fait presque 250 pages. 250 pages, ça veut dire qu’il y a beaucoup d’hommes qui ont parlé.
Combien de témoignages avez-vous pu recueillir au total ?
Il y a une centaine de témoignages. Une centaine de témoignages, mais des témoignages poignants.
À l’attention de la jeune génération qui n’a pas connu Houphouët-Boigny, quelles leçons essentielles souhaitez-vous transmettre à travers ce livre ?
Je voulais que les gens retiennent l’humilité. Parce que Houphouët-Boigny, malgré toute sa stature, le grand homme qu’il était, était quelqu’un de très humble. Il enseignait l’humilité à ses parents. C’est pour ça que quand vous voyez en ville quelqu’un se réclamer de Houphouët-Boigny, méfiez-vous de la personne. Parce que les vrais parents de Houphouët-Boigny, ceux dont le sang de Houphouët-Boigny coule dans les veines, ne cherchent pas à faire savoir qu’ils sont des descendants de Houphouët-Boigny. C’est la différence entre les descendants de Houphouët-Boigny et les autres. Voyez-vous, le président Houphouët-Boigny était pour la saine émulation. Le président déconseillait la tricherie. Vous avez vu dans l’œuvre qu’il sanctionne les voleurs. Il sanctionne les gens pris la main dans le sac en train de voler. Voilà quelques traits. Et puis les conseils que le Président donne au sujet de la gente féminine. Comment se comporter, par exemple, face à la femme. Il donne beaucoup de conseils. Et ces conseils qu’il a donnés à ses proches, je pense que nous les avons répertoriés.
En quoi votre ouvrage se distingue-t-il des autres publications consacrées à Houphouet Boigny
La différence entre mon livre et les autres livres, c’est que nous n’avons pas perdu de temps à parler de la dimension politique, des affaires politiques. Nous nous sommes attardés uniquement sur les faits de société, les faits de la vie courante. Nous n’avons pas cherché à épiloguer sur les grandes théories politiciennes, les combats politiques. Non, non, ce n’est pas ça. C’est ça la différence entre notre livre et les autres. C’est que nous étions dans le concret. Nous étions plus focalisés sur les faits que les gens ont vécus eux-mêmes avec le faux-pognon. Voilà un peu la différence. Pas les histoires qui ont été racontées, mais les faits qui ont été vécus par les acteurs. C’est ça la différence entre mon livre et les autres. Parce qu’il faut savoir que ce n’est pas facile d’écrire sur Houphouët-Boigny. Il est décédé depuis 1993.
Pour parler de lui, il faut faire beaucoup de recherches. Voilà, c’est ce qui a été fait.
Après ce livre envisagez-vous de poursuivre avec d’autres ouvrages ou une éventuelle Tome 2?
Après la sortie de cette œuvre, les langues ont commencé à se délier. Nous connaissons beaucoup de personnes qui ont envie de parler. Nous les enregistrons. Éventuellement, on pourrait faire un tome 2, si nous avons au moins une centaine d’histoires. Mais pour le moment, nous écoutons. Parce qu’on se rend compte que les personnes qui ont refusé de parler hier veulent parler aujourd’hui. Donc, on ne va pas passer toute l’éternité à écrire un livre. On essaie de répertorier. On garde. Mais pour le moment, on va digérer ce qui est sorti.
Existe-t-il un passage de ce livre qui vous tient particulièrement à cœur ?
Je suis comme un père de famille. Un père de famille aime tous ses enfants au même niveau. J’aime tous les chapitres. J’aime tous les paragraphes. Je pense que moi, j’ai fait le livre. Chacun va trouver son compte dedans.
À l’approche du Salon international du livre d’Abidjan, votre ouvrage y sera-t-il présenté ?
Oui, ce livre ira au SILA. Mais déjà, le 25, nous allons faire la dédicace à la Maison de la presse. On va essayer de faire venir quelques parents de Houphouët-Boigny, s’ils acceptent, bien sûr. Parce que ce n’est pas évident. Le ministre de la Communication, qui a fait la préface du livre, nous fait l’amitié de venir nous honorer. Nous le remercions pour ce geste.
Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaiteraient écrire sur Houphouët-Boigny ?
Si vous voulez écrire sur Houphouët-Boigny, la première chose à faire, c’est de lire d’abord ceux qui ont écrit sur lui. Si vous ne lisez pas ceux qui ont écrit sur Houphouët-Boigny, vous allez venir écrire la même chose. Parce que le monsieur est décédé il y a très longtemps, il y a plusieurs décennies. La première étape, si vous voulez écrire sur Houphouët-Boigny, c’est de lire ce qu’ont écrit les Grah Mel, Paul Guidibo, Kei boguinard , camille Aliali … .
Donc, il faut lire d’abord ceux qui ont écrit. Quand vous aurez fini de lire, c’est là que vous vous rendrez compte de ce qui n’a pas encore été dit. En tout cas, il faut beaucoup de recherches. Si vous voulez écrire sur Houphouët-Boigny, pas de précipitation. Sinon, vous serez induit en erreur. Il faut prendre tout son temps, sinon vous serez induit en erreur par de nombreux usurpateurs
Après vos recherches et vos échanges, quelle perception personnelle retenez-vous de Houphouët-Boigny?
Quand j’ai fini de questionner tous ceux avec qui j’ai parlé, je me rends compte que Houphouët-Boigny était comme tous les autres humains. Ni ange, ni démon. C’est tout ce que je peux dire. Après avoir écouté tout le monde pendant plusieurs années, je me rends compte que le président, c’est quelqu’un qui était vraiment sage, qui a donné beaucoup de leçons à ceux qui étaient autour de lui. Tous ceux qui ont suivi les leçons de Houphouët-Boigny, quand vous les voyez dans la vie, ils font envie. Ceux qui n’ont pas suivi ses conseils, qui sont restés à côté de lui en train de faire la fanfaronnade, sont aujourd’hui dans le déclin.
Entretien réalisé par Fulbert Yao





































































