L’image a valeur de manifeste. Samedi 12 septembre au matin, dans le quartier SIDECI de Yopougon, la commune la plus peuplée d’Abidjan, le député-maire Adama Bictogo, ancien président de l’Assemblée nationale, s’est saisi d’une pelle pour curer lui-même un caniveau engorgé, donnant le coup d’envoi d’une vaste opération « grand ménage ».
Parcourant à pied l’avenue Gilbert Koné Kafana, du rond-point du Palais de justice au carrefour Mandjo, il a constaté l’état de la voirie et des caniveaux. Un geste hautement symbolique : à Yopougon, la propreté devient une affaire de premier magistrat. Devant une artère dégagée, il glisse : « C’est l’une des plus belles avenues d’Afrique ; quand c’est propre comme ça, on est content. »Derrière le geste, une fermeté assumée.
Le maire a prévenu que les responsables de l’insalubrité — commerçants installés sur la voie publique, propriétaires d’immeubles et tenanciers de maquis riverains — seraient désormais sanctionnés. « Tous ceux qui sont à la cause de l’insalubrité se verront verbalisés. […] C’est le pollueur-payeur », a-t-il déclaré, invoquant les textes en vigueur.L’exigence a aussi concerné les prestataires.
Sur place, le premier magistrat de la commune a interpellé l’un des opérateurs chargés de la collecte des ordures, jugeant intenable une fréquence de ramassage fixée à deux mois au regard des volumes réellement produits.
« C’est inacceptable, c’est impossible. Il faut ramener ça à tout au moins deux semaines », a-t-il exigé.
Il a appelé les sociétés à faire remonter, via les comités de suivi, la réalité du terrain — « Vous êtes contractuels, mais c’est vous qui êtes sur le terrain, c’est vous les opérationnels » —, rappelant qu’un cahier des charges n’est jamais figé : « Un contrat, il est dynamique. »
Le maire a toutefois inscrit la salubrité dans une responsabilité partagée, appelant à une vaste campagne de sensibilisation qu’il entend conduire lui-même, appuyée sur des comités de gestion des ordures démultipliés à l’échelle de toute la commune.
« Ce n’est pas une affaire de l’État, ce n’est pas une affaire du président, ce n’est pas une affaire du maire », a-t-il lancé. « C’est une affaire qui nous concerne tous : la salubrité, l’environnement, la propreté », a-t-il insisté, y voyant un engagement citoyen à pérenniser.
« C’est un fait de société qui va au-delà de nos sensibilités politiques, régionales, culturelles et religieuses », a-t-il ajouté, avant de conclure : « C’est une responsabilité collective, et c’est ensemble que nous allons le réaliser. »L’enjeu, a-t-il rappelé, est sanitaire autant que civique.
« La propreté est la première chose qui nous permet de lutter contre les maladies infectieuses », a-t-il souligné, dans une commune très jeune où « on ne peut pas mettre à mal l’avenir de nos enfants ».
Le maire a fait état du soutien du président de la République, Alassane Ouattara, qui souhaite voir Yopougon devenir l’une des communes les plus propres d’Abidjan, sinon de Côte d’Ivoire. Une opération de plus grande ampleur, associant les présidents de comités de quartier, doit suivre dans les prochaines semaines.
En liant sanction des pollueurs, exigence de résultats à l’égard des prestataires et mobilisation citoyenne, la mairie de Yopougon entend inscrire la propreté dans la durée.
Le rendez-vous de SIDECI marque le point de départ d’une démarche appelée à s’étendre, quartier après quartier, pour faire de Yopougon l’une des communes les plus propres d’Abidjan. « C’est ce que nous faisons ce matin : c’est le début », a résumé le maire.
Fulbert Yao avec Sercom






































































