A priori, cette question peut ne pas avoir de valeur. Tellement la réponse qui vient à l’esprit semble élémentaire. Car, naturellement, quiconque commet un acte dont il reconnaît en être l’auteur en est responsable. Si c’est un acte de félicité, il est le seul à saluer ; si c’est un acte délictueux, il est aussi le seul à sanctionner. On ne peut donc partager la sanction ou les félicitations avec quelqu’un que si on a une part active dans son acte. Ainsi pensé, la responsabilité collective est de loin différente de la responsabilité individuelle. Et que non. Très souvent, la responsabilité individuelle, bien qu’elle dénote un acte posé par un individu reconnu comme tel au vu et au su de tous, fait appel à la responsabilité collective. Et oui, les terroristes qui ont pris en otage des avions de ligne américains pour détruire les tours jumelles de New York et endeuiller les États-Unis en 2001 : leur responsabilité individuelle d’avoir accepté, en âme et conscience, d’accomplir cet acte odieux a entraîné tout le clan du groupe Al-Qaïda, avec à sa tête le sieur Ben Laden, dans les conséquences. Il en est de même pour un joueur de football d’une équipe nationale qui prend sur lui de tirer le pénalty de tous les espoirs. S’il le rate, tout un pays partage avec lui la responsabilité. Quand il le réussit, c’est toute une nation, avec plusieurs millions d’habitants, qui est comptable de cette responsabilité qu’il a assumée avec brio. Et oui, l’individu Alloui Brou Jacques a pris sur lui la responsabilité de détruire des milliers de maisons dans le quartier de Koumassi, rendant d’un coup de nombreuses familles sans abri en cette saison de pluies. Il a reconnu, à travers une vidéo qu’il a réalisée et postée en toute conscience sur les réseaux sociaux : « L’État, la mairie et le district n’ont rien à voir dans cette affaire. C’est moi qui ai décidé de les dégager », a-t-il crié à tue-tête. Et pourtant, sa responsabilité individuelle en appelle ici à la responsabilité collective. Elle en appelle à la responsabilité de la mairie qui administre le territoire concerné. Elle en appelle à la responsabilité du District d’Abidjan, ville où il a commis l’acte délictueux. Et enfin, elle met en cause la responsabilité de l’État de Côte d’Ivoire, garant de la sécurité des populations vivant sur son sol. Il sera donc presque impossible pour le sieur Alloui de vouloir porter lui seul la responsabilité de la démolition de toutes ces habitations dont les propriétaires ont d’ailleurs des ACD. Qu’il le souhaite ou non, le sieur Alloui a rendu responsable de son acte toute une chaîne de commandement, impliquant même ceux qui n’en savaient pas grand-chose. C’est là la preuve que la responsabilité individuelle fait appel à la responsabilité collective.
Sam Wakouboué

































































