Au terme d’une tournée dans les établissements secondaires des quatre DRENA-ET d’Abidjan, du 13 au 23 octobre 2026, le secrétaire général national du SYNIO-CI, Séhoko Amadou, alias GL Farras, dénonce le manque de bureaux adaptés, le non-respect des textes réglementaires et l’insuffisance des effectifs des inspecteurs d’orientation. Dans cet entretien, Il appelle les autorités à prendre des mesures urgentes pour donner aux professionnels les moyens de lutter efficacement contre le décrochage scolaire.

Le SGN Séhoko Amadou alias GL Farras, vous venez d’achever une tournée de 8 jours dans les 4 DRENA-ET d’Abidjan. Quel bilan ?
GL Farras : Merci. Du mardi 13 au jeudi 23 octobre, le BEN du SYNIO-CI a visité des établissements secondaires dans les DRENA-ET d’Abidjan 1 à 4. L’objectif était triple : se rapprocher de nos membres, partager avec eux l’actualité syndicale corporatiste et transversale, et toucher du doigt leurs conditions de travail. Notre constat: le décor est le même partout : alarmant.
Alarmant, c’est-à-dire ?
Trois problèmes majeurs :
1. Pas de bureaux adaptés. Comment faire un entretien confidentiel avec un élève en détresse, une fille enceinte, un cas de violence, dans un couloir ou un magasin transformé en bureau ? L’orientation est une pratique psychologique, elle exige confidentialité et dignité. Aujourd’hui ce n’est pas le cas. Nos membres sont très nombreux à partager un même bureau, étroit de surcroît, sans salle d écoute, pourtant essentiel pour la pratique de nos missions.
2. Non-respect des textes. L’Arrêté N°0084/MENA/DOB du 13 août 2008 est clair : des plages horaires doivent être accordées aux IO pour leurs missions d’information et sensibilisation des élèves. Des Chefs d’établissements refusent toujours. Résultat : nos membres ne peuvent pas faire de la sensibilisation quasi quotidienne auprès des élèves, des entretiens, la promotion des filières, surtout vers l’ETFPA, alors que le PND 2026-2030 fait de l’ETFPA une priorité nationale.
3. Refus des CPLDS. L’Arrêté 0001 du 10 janvier 2023 a institué les Cellules de Prévention et de Lutte contre le Décrochage Scolaire (CPLDS). C’est le coeur du 20ème levier transformateur des EGENA ! Mais certains chefs d’établissements y accordent très peu d’intérêt, et avec eux les autres membres qui devraient constituer ladite Cellule, peut-être parce que jusqu’à présent contrairement aux dispositions de l’ Arrêté, aucun jeton de présence n’accompagne l’ activité. C’est un sabotage des EGENA.

Vous parlez de manque d’outils aussi ?
Exactement. Pas de test psychotechnique d’intérêt professionnel, de motivation, d’ aptitude digne de ce nom n’est mis à disposition des IO, en dehors de 2 questionnaires, le Lycam et le PAI, non encore vulgarisés. Comment identifier un élève en difficulté sans outil ? C’est comme demandé à un Médecin de travailler sans stéthoscope.
Le 20ème levier dit « Développer un dispositif d’identification et de prise en charge des élèves en difficulté ». Avec quoi ? Avec nos mains nues ?

Vous évoquez souvent le ratio IO-élèves. Qu’en est-il ?
Les normes internationales UNESCO et ASCA recommandent *1 IO pour 250 élèves. C’est la norme. En Finlande, meilleur système au monde, c’est 1Conseiller Psychologue pour 245. En Côte d’Ivoire, si on veut établir le ratio, c’est 1 IO pour 1400 à 7500 élèves*. Vous entendez ? Un IO ivoirien fait le travail de 6 à 30 CO Finlandais. On travaille très approximativement, malgré notre bonne volonté. On survole. On ne peut pas faire de suivi individualisé. Résultat : 22,4% d’abandon en CM2, plus de 50% n’achèvent pas le secondaire.
Ce n’est pas la faute des élèves, c’est le sous-effectif en IO combiné aux refus d appliquer les arrêtés qui réorganisent nos missions.

Le 20ème levier transformateur des EGENA reste donc un mythe ?
Pour nous, oui. Le 20ème levier sorti des conclusions des EGENA en 2021 dit : « Développer un dispositif d’identification et de prise en charge des élèves en difficulté et de réduction du décrochage scolaire ». Comment le mettre en oeuvre sans espace, sans temps, sans tests, sans effectif ? Il nous faut accorder de l’espace et du temps aux IO pour sensibiliser, informer, et faire la promotion des filières d’études au Général et surtout à l’ETFPA, conformément au PND 2026-2030.
Vos propositions ?
Pour nous, 3 mesures urgentes sont à prendre
1. Application stricte des Arrêtés 0084/2008 et 0001/2023 : bureaux dignes et plages horaires obligatoires
2. Recrutement massif : passer à plus 8000 IO d’ici 2030 pour tendre vers la norme UNESCO 1:250. Coût : seulement 3,4% du budget EGENA
3. Dotation en tests psychotechniques modernes et vulgarisation du Lycam et PAI

Votre tournée va t elle se poursuivre?
C’était un départ à Abidjan. Nous la poursuivrons à l’intérieur du pays les prochaines semaines. En clair, à la fin, un Livre Blanc sera rédigé et remis à Monsieur le Ministre de l’ Éducation Nationale, de l’ Alphabétisation et de l’ Enseignement Technique

Un mot de fin
GL Farras : Je souhaite que les conclusions des EGENA refassent pleinement surface avec Monsieur le Ministre Koffi N’GUESSAN, notamment en ce qui concerne notre pan, le 20è levier transformateur de la Education.
Nous pensons que si les conditions sont créées pour l’ exercice de notre métier, du temps d’ intervention pour l’ exécution de notre programme-classe et de l’ espace accordés, notre système Éducatif sera encore plus performant.
Fulbert Yao



































































