Le divorce entre Issiaka Sangaré et Pascal Affi N’Guessan semble désormais consommé. Selon des informations recueillies auprès de sources proches du dossier, l’ancien secrétaire général et porte-parole du Front populaire ivoirien (FPI) prépare le lancement de son propre parti politique. L’assemblée générale constitutive de cette nouvelle formation est annoncée pour le samedi 7 novembre à Abidjan.
Le nom du futur parti n’a pas encore été dévoilé. En revanche, Issiaka Sangaré devrait en prendre la présidence, tandis que Koulibaly Seydou, présenté comme l’un de ses compagnons de la première heure, est pressenti pour occuper le poste de premier vice-président.
Cette évolution apparaît comme l’aboutissement d’une rupture engagée depuis plusieurs mois. Le courant « Démocratie et Valeurs », lancé le 26 octobre 2024 à Cocody, fonctionnait déjà avec ses responsables, ses structures et sa ligne politique. Sa transformation en parti autonome donnerait désormais une existence juridique et politique distincte à cette dissidence du FPI. À sa création, le courant avait notamment affiché son attachement au partenariat avec le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).
Le désaccord avec Affi comme point de départ
Pour comprendre cette séparation, il faut remonter à septembre 2024. À l’époque, Issiaka Sangaré occupe les fonctions de secrétaire général et de porte-parole du FPI. Il est démis de ses responsabilités après un désaccord avec Pascal Affi N’Guessan sur la rupture du partenariat conclu avec le RHDP en mai 2023. Alors que le président du FPI souhaite mettre fin à cette alliance, Sangaré et plusieurs cadres défendent son maintien.
Le 26 octobre 2024, l’ancien secrétaire général lance donc « Démocratie et Valeurs », entouré notamment de Pierre Dagbo Godé, Koulibaly Seydou, Thierry Bouikalo Bi et Séry Désiré Jospin. Le courant dénonce alors la gouvernance interne du parti et réclame davantage de démocratie dans son fonctionnement.
La fracture s’aggrave après le congrès du FPI des 8 et 9 novembre 2024 à Yamoussoukro, qui reconduit Pascal Affi N’Guessan à la tête du parti. Issiaka Sangaré et ses compagnons contestent les conditions d’organisation de ces assises et refusent d’en reconnaître les conclusions. La crise, initialement centrée sur le fonctionnement du parti et son orientation politique, prend alors les allures d’une rupture durable.
En 2025, Issiaka Sangaré assume davantage son rapprochement avec le pouvoir. Son courant défend le bilan du président Alassane Ouattara et appelle à soutenir sa candidature à la présidentielle. Ses responsables revendiquent également une implantation importante au sein des structures du FPI, même si ces chiffres restent contestés par la direction du parti.
Cette nouvelle initiative intervient dans un contexte marqué par les divisions successives du FPI. Fondé en 1982, le parti a déjà été profondément fragilisé par la rupture entre les partisans de Pascal Affi N’Guessan et ceux de Laurent Gbagbo, après la crise postélectorale de 2010-2011.
En octobre 2021, Laurent Gbagbo a créé le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), entraînant une nouvelle recomposition de l’espace politique issu du FPI. La formation dirigée par Affi N’Guessan a depuis poursuivi son parcours dans l’opposition, tandis que le PPA-CI s’est affirmé comme une autre composante majeure de cette famille politique.
Le départ annoncé d’Issiaka Sangaré ouvrirait ainsi un nouveau front de dissidence. Il pourrait notamment remettre en question la fidélité d’une partie des cadres et des militants encore proches de l’ancien secrétaire général. Mais l’ampleur réelle de cette éventuelle recomposition reste à mesurer.
Au-delà de la création du parti, la question centrale sera celle de son poids politique. Le camp Sangaré affirme pouvoir s’appuyer sur des élus locaux et des responsables issus des structures du FPI. En 2025, ses représentants évoquaient notamment une quinzaine d’adjoints au maire et cinq vice-présidents de conseils régionaux. Ces chiffres, qui demandent à être confirmés, constituent l’un des éléments avancés par ses partisans pour défendre leur capacité à exister au-delà d’un simple courant politique.
La proximité affichée avec le RHDP pourrait également peser dans le positionnement de la future formation. Reste à savoir si elle parviendra à construire une identité propre, à consolider son implantation sur le terrain et à mobiliser des militants au-delà de ses réseaux actuels.
Fulbert Yao




































































