Élu à la tête de la commune de Ouellé en septembre 2023, le maire Ya Komenan Raphaël est au travail. Dans cet entretien, il évoque les chantiers engagés, plaide pour un plan Marshall en faveur de la commune et se prononce sur les prochaines élections municipales de 2028.
Bonjour, M. le Maire. Dites-nous : dans quel état avez-vous trouvé la commune de Ouellé à votre élection et quelles sont les principales transformations que vous avez apportées depuis lors ?
Je suis le docteur Ya Komenan Raphaël, maire de la commune de Ouellé. J’ai été élu le 4 septembre 2023. À notre arrivée à la tête de la commune, comme dans les communes de l’intérieur, nous avons trouvé une commune confrontée à suffisamment de difficultés, dues essentiellement au fait que le budget était très bas. Nous avions, à l’époque, environ 380 millions de francs CFA de budget. Qu’est-ce qu’on peut bien faire avec 380 millions, si ce n’est faire du saupoudrage ?
Notre objectif était d’abord de faire un état général de la commune, ce que nous avons fait. Il est ressorti de cet état général un certain nombre de priorités. À partir de ces priorités, nous avons élaboré un plan stratégique avec une société de la place.
Le plan stratégique a fait ressortir les différents axes stratégiques de développement, parmi lesquels figurait le taux très bas de nos recettes propres. Il fallait donc mettre en place une politique pour augmenter ces recettes propres.
Nous avons commencé tout doucement. Aujourd’hui, nous sommes passés de 390 millions à 1,140 milliard de francs CFA en trois ans.
Au niveau des infrastructures, nous avons mis l’accent surtout sur tout ce qui peut permettre à la commune de s’enrichir. Parce qu’aujourd’hui, les communes ayant des ressources propres très faibles, il faut d’abord penser à l’enrichissement de la commune.
Nous avons construit des magasins que nous mettons en location. Nous sommes en train de créer des fermes agricoles, des fermes avicoles, des fermes agropastorales pour pouvoir augmenter les recettes propres de la mairie. Nous pensons qu’avec cela, nous pourrons donner un autre objectif.
L’objectif premier était d’atteindre 1 milliard de francs CFA en 2028. Nous avons atteint le milliard en 2026. Donc, nous nous sommes donné un autre objectif : atteindre 1,5 milliard de francs CFA.
La Côte d’Ivoire investit fortement dans les grandes infrastructures. Qu’est-ce que la commune de Ouellé attend de l’État pour propulser son développement ?
Vous avez vu l’axe Ouellé-Ananda-M’bahiakro. Cet axe est totalement détruit. Vous avez vu l’axe Kotobi-Daoukro, totalement détruit.
Certains diront : « Mais pourquoi parle-t-il de ces axes qui sont éloignés de sa commune ? » Parce que, pour avoir accès à Ouellé, il faut passer par ces axes.
Il y a des opérateurs économiques qui veulent bien venir investir à Ouellé. Mais quand tu dois faire Abidjan-Ouellé, qui fait 240 kilomètres, en cinq heures, il y a de quoi décourager plus d’une personne.
Donc, nous attendons que l’État nous aide à régler ces problèmes qui sont en amont de Ouellé, mais qui peuvent concourir au développement de notre commune.
Deuxième chose, c’est toujours du côté des infrastructures. Notre commune a bénéficié d’environ 10 kilomètres de bitume à l’intérieur de la ville, qui sont totalement dégradés parce que ces bitumes ont été réalisés dans les années 1970. Ces infrastructures sont aujourd’hui totalement caduques.
Il faudra donc pouvoir reprendre ces rues-là pour le bitumage de la ville. Le Président de la République disait, lors de son discours inaugural de l’autoroute Simbrobo-Yamoussoukro, que toutes les villes, chefs-lieux de département, traversées par un nouveau bitumage doivent pouvoir bénéficier de 10 kilomètres de bitume.
Ouellé a été traversée par deux bitumages : Daoukro-Ouellé et Ouellé-Prikro. Nous n’avons rien eu.
Donc, vraiment, si l’État peut venir nous aider à refaire le bitumage de nos rues, d’abord des anciennes rues et des nouvelles rues qui ont été créées parce que la ville est devenue aujourd’hui très étendue.
C’était une ville d’environ 14 000 habitants en 2012. Aujourd’hui, nous sommes à 25 000-27 000 habitants. Donc, vraiment, la ville est devenue très vaste. Il faut pouvoir déjà refaire les rues de la ville, ce qui est largement au-dessus de notre budget.
L’autre élément, c’est l’électrification. Si la ville s’étend, on a besoin de faire des extensions, de l’ouverture de voies, qui sont des éléments suffisamment lourds. Et donc, nous sollicitons auprès des autorités leur aide pour pouvoir investir dans ces infrastructures.
Si ces infrastructures sont réprofilées et qu’on a le bitume, vous allez voir que ça va nous aider, nous, autorités locales, à booster plus facilement notre développement.
Et puis, il y a également la question de l’eau. Pour un château qui avait été construit pour 4 000 habitants, nous avons aujourd’hui près de 25 000 habitants. Vous comprenez avec moi que, pour tout ce qui concerne les infrastructures liées à l’eau, nous essaierons de faire de petits châteaux en ville, mais ce sont des solutions temporaires.
Pour pouvoir résorber définitivement le problème, il faut vraiment que des travaux lourds soient réalisés pour que la ville puisse donc ressembler à l’objectif fixé par le Président de la République, qui est celui d’une Côte d’Ivoire émergente.
Aujourd’hui, le PDCI-RDA, votre parti, est confronté à des crises judiciaires. Pour vous, quelle est la solution pour venir à bout de ces crises ?
Je voulais profiter de votre question pour dire que c’est dommage. Dommage que nous, militants du PDCI-RDA, nous n’ayons pas pris conscience que, quand on est dans l’opposition, la seule chose, le seul vecteur qui peut nous permettre de sortir de l’opposition, c’est l’unité autour de notre chef. Malheureusement, nous n’avons pas encore pris conscience que, si nous espérons un jour revenir au pouvoir, il faut d’abord nous unir en interne autour de notre président.Les militants du PDCI-RDA se sont réunis au cours d’un congrès. Ils ont élu à plus de 99 % le président Tidjane Thiam. Mais laissez-le travailler. Tout être humain a des limites. Il peut avoir des limites dans le fonctionnement, mais c’est en interne que cela se règle. Ce n’est pas devant la justice. C’est vraiment dommage. Je voudrais donc profiter de votre question pour demander à tous les militants du PDCI-RDA, notamment ceux qui ont eu en charge la gestion de notre parti, de revenir à la maison. Pour qu’en interne, on se parle, comme vous pouvez nous l’enseigner : le dialogue. Et après le dialogue, le dialogue. Car le dialogue, c’est l’arme du plus fort. Asseyons-nous, discutons, comme le dirait l’autre, pour trouver des solutions aux problèmes en interne. C’est vraiment dommage que nous exposions nos problèmes. Chez nous, les Ivoiriens disent qu’on ne chasse pas la souris de sa maison avec un gourdin. Parce que, quand vous lancez le gourdin, vous risquez de casser votre télévision.
Et donc, à force de tirer, de vouloir tirer sur le président Tidjane, c’est le PDCI-RDA que nous sommes en train de livrer à la vindicte populaire.
Donc, nous appelons à l’union, à la solidarité et au dialogue au sein de notre parti, et non pas sur les réseaux sociaux ou à travers la presse, et encore moins à travers la justice.
En 2028, ce seront les élections municipales. Serez-vous candidat ? Si oui, quel nouveau pacte social proposerez-vous à vos administrés ?
En 2028, avec la bénédiction de Dieu, si nous sommes encore vivants, on sera candidat. Parce qu’on a commencé un certain nombre de chantiers avec nos parents, que nous voyons en perspective aider notre commune.Nous savons que ces projets peuvent permettre de booster notre commune, notamment dans le domaine agricole.
Nous avons commencé, avec le conseil municipal, à mettre en place des plantations. On a un objectif de faire 5 000 hectares d’hévéa et au moins 5 000 hectares de palmiers, de sorte à pouvoir avoir des usines de traitement de l’hévéa, des usines de fabrication d’huile de palme et des usines de traitement de l’anacarde sur notre territoire.
Ce sont des projets émergents que nous comptons réaliser.
Donc, on a besoin du suffrage de nos parents. Si les parents pensent que ce qu’on a fait en cinq ans — pas pour tomber dans l’autosatisfaction, mais le peu qu’on a pu faire en trois ans, avec encore deux ans devant nous — mérite de nous donner un second mandat, on ira le solliciter auprès de nos parents.
Parce qu’en réalité, c’est eux qui ont le pouvoir. On ira solliciter leur pouvoir.
Mais si nous sentons, dans l’atmosphère globale, que les parents ne veulent plus de nous, alors nous allons acquiescer. Voilà ce que je peux dire.
Entretien réalisé par Fulbert Yao depuis Assabli-Komenakro (région de l’iffou)





































































