A deux ans des prochaines élections locales, la bataille pour le contrôle des grandes communes d’Abidjan a déjà commencé. Le scrutin municipal de 2023 avait laissé quatre bastions emblématiques entre les mains du Pdci: Cocody, Plateau, Marcory et Port-Bouët. En face, le Rhdp, qui avait remporté 123 communes sur 201 au niveau national, dispose d’une implantation largement majoritaire dans le pays. Mais à Abidjan, ces quatre communes demeurent un morceau de choix pour le parti au pouvoir. À Cocody, le Rhdp a déjà montré qu’il ne compte pas abandonner le terrain. En 2023, Éric Taba, alors candidat du parti présidentiel, avait affronté le maire sortant Jean-Marc Yacé, investi par le Pdci. L’ex- Commission Electorale Indépendante avait déclaré la victoire de Yacé avec 42,61 % des suffrages, devant Éric Taba. Depuis, le Rhdp a renforcé son organisation locale. Éric Taba a été nommé coordonnateur principal du parti à Cocody en 2024, avec pour mission affichée de faire du Rhdp une force politique qui compte dans la commune. L’enjeu dépasse donc la seule mairie : il s’agit de construire une implantation durable, quartier après quartier, en s’appuyant sur les réseaux politiques, associatifs et institutionnels. L’équipe Eric Taba est à pied d’œuvre pour conquérir le quartier huppé de Cocody. Au Plateau, le duel entre Jacques Ehouo et Fabrice Sawegnon illustre une autre dimension de la stratégie. En 2023, le candidat Pdci avait été déclaré vainqueur avec 59,30 % des voix. Mais le Rhdp avait déjà fait de cette commune stratégique une priorité, en présentant Fabrice Sawegnon, figure connue du monde économique et de la communication, face au maire sortant. Le Plateau n’est pas une commune comme les autres. Centre administratif et économique du pays, il concentre des institutions, des entreprises et une forte visibilité médiatique. Pour le Rhdp, y installer un maire proche de la majorité présidentielle constituerait autant une victoire électorale qu’un symbole politique. Si Fabrice Sawegnon a été défait, Ouattara Dramane quant à lui continue de pousser ses pions sur le terrain afin que le quartier des affaires bascule dans l’escarcelle du Rhdp. En tout cas, OD ne veut rien lâcher. Par contre, pour le Pdci, conserver le Plateau revient à préserver l’un de ses derniers marqueurs de présence au cœur du pouvoir économique.
Port-Bouët et Marcory : deux autres fronts
À Port-Bouët, le Pdci a également conservé la mairie en 2023 avec Sylvestre Emmou. Le Rhdp sait qu’une conquête de Port-Bouët renforcerait considérablement sa présence dans le sud d’Abidjan. Marcory complète ce carré stratégique. Là encore, le parti doyen a conservé la mairie avec Aby Raoul. Mais l’élection présidentielle de 2025 a montré que le rapport de force électoral ne se résume pas aux résultats municipaux. Dans ces communes, les scrutins nationaux offrent au parti présidentiel, l’occasion de tester son implantation, d’identifier ses relais et de mesurer sa capacité à mobiliser. La stratégie du Rhdp s’inscrit dans une dynamique nationale. En 2023, le parti présidentiel avait remporté au moins 123 communes, soit 31 de plus qu’en 2018. Avec l’arrivée du ministre Tchagba Laurent dans cette commune, le Rhdp fait son petit bonhomme de chemin pour détrôner le parti septuagenaire. À Abidjan, toutefois, l’opposition avait conservé plusieurs bastions. Le Pdci avait ainsi réussi à maintenir son contrôle sur Cocody, Plateau, Marcory et Port-Bouët. L’enjeu sera donc de transformer les résultats ponctuels en implantation locale durable. Le Rhdp dispose de l’avantage d’une implantation nationale et d’un appareil politique structuré. Le Pdci, lui, conserve dans ces quatre communes des élus installés et des réseaux historiques, auxquels s’ajoute une capacité de mobilisation locale qui ne peut être sous-estimée. La prochaine bataille ne se gagnera probablement pas seulement dans les meetings. Elle se jouera dans les quartiers, les associations, les marchés, les communautés et auprès des jeunes. À Cocody comme au Plateau, à Marcory comme à Port-Bouët, les électeurs attendront des réponses concrètes sur la voirie, l’assainissement, les transports, la sécurité, l’emploi et la qualité des services municipaux. C’est précisément là que le Rhdp cherchera à transformer sa puissance nationale en victoire locale. Mais conquérir une mairie est une chose ; s’y enraciner en est une autre. À l’horizon 2028, le duel ne sera donc pas simplement Rhdp contre Pdci. Il opposera deux méthodes d’implantation : celle d’un parti au pouvoir qui veut compléter son contrôle d’Abidjan et celle d’un vieux parti qui entend préserver ses derniers bastions dans la capitale économique. Les quatre communes seront les grands théâtres de cette bataille. Elles permettront surtout de mesurer, à l’échelle locale, la capacité du Rhdp à convertir sa domination nationale en conquête municipale et celle du Pdci à préserver ses bastions historiques.
L.F







































































