Le Président du conseil régional du Folon Cissé Sindou dans cet entretien à bâton rompu s’exprime sur les réalisations dans la région et donne les raisons du retard dans l’exécution de certains projets. Il en profite pour mettre en garde les cadres qui instrumentalisent des activistes depuis l’extérieur pour le dénigrer. Entretien !
Le Salon des collectivités a classé la région du Folon première. Quels sont vos sentiments et quelles opportunités la région peut-elle tirer de ce salon ?
Je suis très satisfait de cette initiative de l’État et de l’Association des régions et districts de Côte d’Ivoire (ARDCI). En tant que trésorier général de l’ARDCI, je mesure l’importance de ce salon qui offre aux collectivités une véritable opportunité d’échanger, de partager leurs expériences et surtout de mutualiser leurs forces. Nous avons longtemps considéré que la coopération devait essentiellement se faire avec l’Europe, l’Asie ou d’autres partenaires extérieurs. Or, nous pouvons aussi développer une coopération efficace entre collectivités ivoiriennes et africaines, en tirant profit de nos complémentarités. À titre d’exemple, le Folon dispose d’un potentiel important dans l’élevage et l’agriculture, tandis que des régions comme la Nawa et San Pedro sont particulièrement fortes dans la pêche. Nous pouvons donc imaginer des mécanismes d’échanges permettant au Folon d’approvisionner le Sud en bétail et, en retour, de bénéficier des produits halieutiques de ces régions. Ces chaînes de valeur peuvent créer des emplois, réduire certaines importations et contribuer au développement économique de nos territoires. Le salon est également une formidable vitrine pour faire connaître les atouts de chaque région. Le Folon possède, par exemple, un excellent soumara et bénéficie d’un fort potentiel agricole. La région est également l’une des plus ensoleillées de Côte d’Ivoire, ce qui offre des perspectives intéressantes pour l’énergie solaire et la promotion des énergies vertes. C’est donc avec beaucoup de fierté et de satisfaction que nous saluons cette initiative du ministère de l’Intérieur, de l’ARDCI, de l’UVICOCI et du chef de l’État, Son Excellence Alassane Ouattara.
Vous êtes classé premier, mais certains projets, notamment la construction de la caserne des sapeurs-pompiers, connaissent des difficultés. Quelles en sont les raisons ?
La réalisation des projets publics obéit à des procédures précises. Les marchés publics sont fortement réglementés et, dans le cas de la caserne des sapeurs-pompiers, nous avons été confrontés à plusieurs difficultés techniques qui ne relevaient pas du Conseil régional. Un premier marché avait été attribué à un entrepreneur défaillant. Il nous a fallu trois ans de procédures pour résilier le contrat et relancer le processus. Une fois le marché réattribué, il a encore fallu respecter plusieurs étapes : inscription au programme triennal, élaboration du budget primitif, passage devant la commission d’attribution des marchés et validation budgétaire.
« Avant d’accuser les autres, chacun doit s’interroger sur sa propre contribution au développement »
C’est donc un véritable parcours du combattant.
Effectivement. Ces procédures prennent du temps. Mais une fois le marché attribué, nous devons aussi veiller au respect du cahier des charges. Dans le cas présent, un premier bâtiment a été achevé et remis au préfet, qui devait le mettre à la disposition des sapeurs-pompiers en attendant l’achèvement de l’ensemble de la caserne. Quelques mois plus tard, les clés ont été retournées au Conseil régional. Il nous a ensuite été indiqué que les conditions n’étaient pas réunies pour leur installation. Pendant ce temps, le bâtiment a été vandalisé et les installations électriques ont été dégradées. Nous avons donc tiré les conséquences de cette situation. Les travaux ont été relancés et, après avoir constaté nous-mêmes l’utilisation de matériaux inadéquats, nous avons fait arrêter le chantier afin de trouver une solution conforme aux exigences techniques et budgétaires. Aujourd’hui, une nouvelle entreprise est à pied d’œuvre. Je tiens toutefois à préciser que l’alimentation en eau et en électricité des bâtiments publics ne relève pas du Conseil régional. Ces charges sont du ressort de l’État. Il faut donc bien distinguer les responsabilités de chaque acteur et respecter les lignes budgétaires prévues, à cet effet. Nous avons tiré les leçons de ces difficultés techniques et de communication. Je veillerai personnellement à ce que la caserne soit achevée dans un délai de huit mois.
Quelles sont ces images diffusées sur les réseaux sociaux ?
Depuis six à sept ans, les sapeurs-pompiers sont logés gratuitement dans un bâtiment mis à leur disposition par le président du Conseil régional. J’avais également réalisé un hangar pour abriter leurs véhicules. Certaines images diffusées sur les réseaux sociaux donnent l’impression que ce hangar constitue leur lieu d’habitation, ce qui est inexact. Il faut aussi tenir compte de la réalité du Folon. C’est la dernière région de Côte d’Ivoire de n’avoir pratiquement hérité d’aucune infrastructure. Il faut donc apprécier les efforts réalisés dans le contexte spécifique de notre région. Dans le Folon, tout est à construire, car les infrastructures publiques y étaient quasiment inexistantes. Le rôle du Conseil régional du Folon est donc différent de celui de certaines autres collectivités régionales du pays. Élu en 2013, j’ai trouvé une région qui ne disposait que d’un seul collège municipal fonctionnel. Nos priorités étaient donc différentes. Entre investir 200 à 300 millions de FCFA dans la construction d’une caserne de sapeurs-pompiers et bâtir des salles de classe dans les écoles primaires et les collèges, le Conseil régional a choisi de privilégier les infrastructures socio-économiques de base. Dans d’autres régions, les collectivités peuvent consacrer 300 à 400 millions de FCFA à la construction d’une caserne.
Il y a là donc une rigueur dans la gestion
Mais, dans le Folon, nous devons tenir compte du Plan national de développement (PND), qui constitue notre boussole. Le président de la République a rendu obligatoire la scolarisation des enfants de 6 à 16 ans. Or, pour permettre à tous les enfants d’aller à l’école, il faut construire suffisamment de salles de classe. Cette orientation nationale influence donc directement nos priorités. Lorsque les contraintes sont nombreuses et les budgets limités, il faut faire des choix. Si la construction de la caserne des sapeurs-pompiers a pris du temps, ce n’est pas parce que nous négligeons leur sécurité, mais parce que nous avons dû procéder par étapes et tenir compte de nos moyens. Je vois également des personnes interpeller le président de la République sur les réseaux sociaux au sujet de l’absence de clôture autour de l’hôpital général de Minignan. Je m’interroge : entre la construction d’un hôpital et celle d’une clôture, quelle doit être la priorité ? La construction de la clôture de l’hôpital relève du ministère de la Santé. Le Conseil régional peut éventuellement apporter son concours, même si cette question ne relève pas directement de ses compétences. Puisque nous appartenons au même État et que nos moyens doivent être mutualisés, nous pouvons intervenir lorsque la demande est formulée. D’ailleurs, pendant que certains réclament la clôture de l’hôpital général de Minignan, cet établissement nous a saisis pour la construction d’un laboratoire. Aujourd’hui, ce laboratoire a été réalisé par le Conseil régional. Grâce à l’appui de certains cadres et opérateurs économiques, il a également pu être équipé. Si le district sanitaire estimait que la clôture constituait une priorité, il pouvait saisir le Conseil régional. Nous ne pouvons pas engager des dépenses importantes sans tenir compte des autres besoins de la population.
Comment jugez-vous l’attitude de vos détracteurs ?
L’élu qui mobilise des personnes sur les réseaux sociaux pour dénoncer l’absence de clôture à l’hôpital général nous avait pourtant sollicités pour la construction d’un dispensaire dans sa commune, précisément à Diandela, conformément aux compétences du Conseil régional. Nous avons construit ce dispensaire, ainsi que les logements destinés aux sages-femmes et aux infirmiers. Par la suite, cet élu a fait construire une grande clôture autour de l’établissement sans même nous en informer. Je ne m’en plains pas, car nous sommes complémentaires. Toutefois, si la clôture constitue réellement une priorité, pourquoi ne pas avoir privilégié celle de l’hôpital général plutôt que celle du dispensaire ?
Avant d’accuser les autres, chacun doit s’interroger sur sa propre contribution au développement. Pour ma part, en tant que président du Conseil régional, je ne me vois pas entrer en concurrence avec un autre élu. Mon rôle est de fédérer les énergies. Lorsqu’un député réalise une action utile, je suis le premier à l’applaudir et à en reconnaître le mérite devant la population. Je suis donc surpris que cet élu ne fasse pas de la clôture de l’hôpital général une priorité, alors qu’il mobilise des personnes sur les réseaux sociaux contre le Conseil régional. Ce que ces publications ne précisent pas, c’est que le Conseil régional n’a pas retenu la clôture parmi ses priorités, notamment parce que l’État a engagé la construction d’un centre hospitalier régional (CHR) à Minignan, un investissement de plusieurs milliards de FCFA. Nous devons éviter les doubles emplois et tenir compte des investissements déjà programmés par l’État. Lors du lancement des travaux, le ministre nous avait annoncé un délai de deux ans. Si nous entreprenions maintenant la construction d’une clôture, les travaux pourraient coïncider avec l’achèvement du CHR. Certains nous accuseraient alors de gaspiller les ressources publiques, alors que d’autres localités ne disposent même pas de dispensaires.
Qu’avez-vous donc réalisé concrètement dans la région ?
En 2013, la région du Folon comptait moins de huit dispensaires. Aujourd’hui, nous en avons plus de dix-huit. Il n’existe pratiquement plus de gros villages dans la région sans dispensaire. À tel point que le ministère de l’Éducation nationale estime que nous avons construit beaucoup de centres de santé, certains accueillant peu de patients chaque mois. Pourtant, l’État doit y affecter des sages-femmes, des infirmiers et des infirmières, alors que des localités plus densément peuplées, notamment à Abidjan ou à Daloa, connaissent des besoins importants en personnel de santé. Ceux qui manipulent l’opinion sont, pour la plupart, établis à l’étranger, notamment en Italie. Je les invite à venir constater la réalité sur le terrain. Une telle visite leur permettrait de mieux apprécier les efforts accomplis. Tous les chefs-lieux de sous-préfecture disposent de collèges de proximité, et plusieurs gros villages en sont également dotés. La région compte aujourd’hui au moins trois lycées. Nous travaillons aussi à l’implantation de collèges techniques de proximité, en nous appuyant notamment sur l’analyse des échecs scolaires et des besoins de formation.
« Le débat ne doit donc pas se limiter à la publication de vidéos sur Facebook »
Au regard des difficultés qui subsistent, quelles sont les priorités de la région pour les années à venir ?
Après avoir construit des centres de santé et des écoles, mené des plaidoyers et obtenu des avancées en matière d’électrification, il faut aller plus loin. La région du Folon, qui ne disposait auparavant d’aucun kilomètre de route bitumée, compte aujourd’hui plus de 100 kilomètres de routes bitumées, grâce notamment aux investissements de l’État. Toutefois, si les populations ne disposent pas de revenus, les infrastructures ne suffisent pas. Comment les parents pourront-ils scolariser leurs enfants ? Comment les habitants pourront-ils se soigner dans les centres de santé construits si leurs moyens financiers ne leur permettent pas d’en supporter les frais ?
Le Folon est donc une région exemplaire en matière de gestion !
Nous avons donc estimé qu’il fallait nous attaquer à l’employabilité des couches les plus vulnérables, notamment les jeunes et les femmes. Heureusement, le président de la République a établi un diagnostic qui rejoint nos préoccupations et propose des réponses adaptées aux difficultés du Nord, en général, et de la région du Folon, en particulier.
Le Programme jeunesse du gouvernement, dans sa troisième phase (PJ-Gouv 3), mis en œuvre par le ministère chargé de la Jeunesse, vise notamment à améliorer l’employabilité des jeunes. L’État intervient également à travers d’autres programmes, notamment le Projet de renaissance des infrastructures de Côte d’Ivoire (PRICI), qui contribue à améliorer la connectivité routière, ainsi que le projet COSO. La région du Folon figure parmi les premières à mettre en œuvre ces programmes. Dans le cadre du PJ-Gouv 3, elle occupe la première place du classement auquel nous faisons référence, établi en fonction du taux de remboursement et de l’atteinte des objectifs par les collectivités.
Pour répondre directement à votre question, notre vision consiste à consolider les acquis. Nous allons poursuivre la réalisation d’infrastructures socio-économiques de base, tout en renforçant nos actions en faveur de l’emploi des jeunes et de l’autonomisation des femmes. C’est une condition essentielle à un développement durable et inclusif. Construire des infrastructures est nécessaire, mais encore faut-il que les populations puissent en bénéficier. Pour cela, nous devons contribuer à réduire la pauvreté.
Qu’est-ce qui a été le véritable problème du Folon ?
Je rappelle que la région du Folon a été vidée d’une grande partie de ses forces vives par l’exode rural. L’absence d’industries et de débouchés économiques, conjuguée à une agriculture encore peu mécanisée, pousse les jeunes à partir. À l’ère du numérique et de la digitalisation, les adolescents, parfois âgés de 12 ou 13 ans, sont tentés de rejoindre les grandes villes du Sud lorsqu’ils découvrent les possibilités qui s’y offrent. Or, une région privée de sa jeunesse et de ses forces vives rencontre de grandes difficultés à assurer son développement. Les jeunes filles n’étaient pas épargnées par cette situation. Même celles qui n’avaient pas été scolarisées étaient parfois envoyées, dès l’âge de 10 ou 12 ans, chez des cousins ou des oncles, dans l’espoir de leur offrir un avenir meilleur et d’éviter qu’elles ne soient mariées trop tôt à des paysans. C’est ainsi que l’exode rural s’est intensifié au fil des années, jusqu’à l’arrivée au pouvoir du Président Alassane Ouattara. Nous cherchons aujourd’hui des solutions pour inverser cette tendance.
Quel appel aux fils et filles de la région alors ?
Mon appel est clair : personne ne pourra résoudre les problèmes du Folon à la place de ses propres filles et fils. Au lieu de nous livrer au dénigrement, asseyons-nous autour d’une même table pour établir un diagnostic partagé et mutualiser nos forces et nos intelligences. Nous devons réfléchir ensemble aux moyens de sortir notre région de sa léthargie. L’État fait sa part, mais les filles et les fils du Folon doivent également prendre leurs responsabilités. Je prends un exemple simple. Nous demandons à l’État de construire des infrastructures socio-économiques de base, notamment des hôpitaux. Mais si les fonctionnaires affectés à l’hôpital général ne trouvent pas de logements à louer, qui doit construire ces logements ? Est-ce le président qui viendra le faire à notre place ?
Le débat ne doit donc pas se limiter à la publication de vidéos sur Facebook. Si vous estimez que le président du Conseil régional n’a pas suffisamment agi, venez lui proposer des solutions.
Pouvez-vous, tout de même les rassurer ?
Nous sommes des frères et nous devons pouvoir échanger dans un esprit constructif. Chacun doit se poser cette question : « Qu’ai-je fait pour permettre aux fonctionnaires de disposer de logements décents dans ma localité ? » Avant d’accuser les autres de n’avoir rien fait, il faut d’abord examiner sa propre contribution. C’est dans l’union que nous pourrons avancer, et non dans le dénigrement sur les réseaux sociaux. Cette situation se répète souvent à l’approche des élections. Ce que je n’accepterai pas c’est de s’attaquer au président de la République dans le Folon. Si vous êtes croyant et que Dieu a décidé qu’un jour vous deviendrez président du Conseil régional à la place de Cissé Sindou, vous le serez. Si vous ne partagez pas cette conviction, alors faites vos preuves sur le terrain et montrez à la population ce que vous êtes capable d’accomplir. Le jour où vous solliciterez sa confiance, elle jugera vos actions. Ce phénomène ne concerne pas uniquement le Folon. Il suffit d’observer l’actualité dans l’ensemble du district du Denguélé. Certaines personnes pensent pouvoir se cacher derrière les réseaux sociaux pour dénigrer les autres. Pourtant, la loi sur la presse encadre ces pratiques. Pour contourner les dispositions légales, certains envoient de l’argent à des personnes établies à l’étranger afin qu’elles mènent ces campagnes à leur place. J’ai demandé à l’auteur de certaines vidéos depuis combien de temps il n’était pas rentré en Côte d’Ivoire. Il m’a répondu qu’il n’avait pas mis les pieds au pays depuis trente ans. C’est pourtant lui qui prétend connaître parfaitement les réalités du terrain. On diffuse également des vidéos pour dénoncer des inondations sur une route menant à un champ, comme si chaque piste agricole devait nécessairement être bitumée. Je lance donc un appel à tous ceux qui suivent ces publications : recherchez l’information à la source avant de vous faire une opinion. Le Conseil régional est une institution publique et ses activités sont accessibles aux citoyens. La loi prévoit des mécanismes de transparence et de contrôle. Toute personne qui souhaite poser une question peut le faire et obtenir des explications. Même sans se déplacer, il est aujourd’hui possible d’échanger avec nous grâce aux outils numériques. Lorsque vous restez proches des populations et que vous les associez aux décisions, elles vous soutiennent davantage. Le chef du village de Gbeya m’a récemment appelé pour m’informer que les habitants avaient vu certaines publications sur les réseaux sociaux. Selon lui, ils recherchaient leur auteur afin qu’il vienne s’expliquer, estimant que ses propos comportaient des contrevérités.
Réalisé Par : L.F






































































